Le commerce des Berbères Almoravides

Le commerce transsaharien fait partie de l'histoire de l'Afrique, mais aussi de celle du Maroc. Les caravanes berbères, parfois constituées de plusieurs milliers de chameaux, ont marqué de leur empreinte les voies d'échanges et de communication au Maroc.

Comme on l'a vu dans un précédent article, les marchandises transportées depuis Tombouctou ou Nouakchott transitaient par le Haut Atlas sur la façade atlantique du Maroc. Elles se destinaient aux ports d'Essaouira, de Souira Kédima et de Safi.

Lire l'article: Les pistes caravanières du commerce transsaharien

Aux alentours du XIe siècle, les Berbères Almoravides contrôlaient l'une des principales voies commerciales, depuis la cité de Aghmat, idéalement située sur cet itinéraire. Aghmat fut la première capitale des Berbères Almoravides, en 1057 - 58 (1) avant que Marrakech ne lui succède.

La Discussion, Giulio Rosati
La Discussion, Giulio Rosati, vers 1917

Mais déjà, le commerce des marchandises étaient structuré, organisé entre le sud du Sahara et les cotes européennes et doté d'une monnaie. Le Dinar almoravide a précédé l'édification de la cité impériale de Marrakech de seulement 13 années (2).

Son apparition coïncide avec la prise, par les Berbères Almoravides, de l'ancienne cite de Sijilmassa au Maroc en l'an 1058. Les Berbères Almoravides, provenant à l'origine de la partie ouest du Sahara, marquait ainsi leur prédominance sur le commerce de l'or soudanais. Tout le commerce entre le sud de l'Europe et le Maghreb occidental passait par des routes contrôlées par les Almoravides.

Ces connaissances sur les Berbères qui ont fondé Marrakech nous sont parvenues, entre autres, grâce à l'analyse des métaux Or et Argent présents dans les Dinars almoravides. Cette étude a été menée à l'Université de Toulouse-Le-Mirail, dans le département d'Histoire médiévale.

Outre les informations extrêmement précisés qu'elle contient sur la constitution des pièces de Dinars almoravides, cette étude fait la lumière sur l'origine de l'or fondu dans les pièces. Elle permet de comprendre les relations politiques et commerciales à l’œuvre au XIe siècle dans la région, alors que la cité de Marrakech n'était encore qu'un campement berbère près de l'Oued Tensift.

À suivre ...



Sources

1 - Nouvelles découvertes archéologiques à Aghmate, IRCAM, 27/06/2007

2 - La monnaie Almoravide : de l'Afrique à l'Espagne, Article, C. Roux, F. Guerra, ArchéoSciences, revue d'Archéométrie, Année 2000, 24 pp. 39-52


Les pistes caravanières du commerce transsaharien

Le Maroc occupe une situation géographique stratégique résultant de son positionnement au nord-ouest de l'Afrique. Les cotes du Maroc donnent accès à la fois à l'océan atlantique sur la façade marocaine occidentale, et à la mer méditerranée sur la façade septentrionale.

Cette spécificité géographique a placé très tôt le Maroc au cœur du développement du commerce maritime entre les rives nord et sud de la méditerranée dès le Moyen-âge. Les marchandises, en provenance d'Afrique de l'ouest, avaient franchi au préalable le désert du Sahara, avant de transiter sur le sol marocain via Marrakech.

Tableau Essaouira
Port d'Essaouira, peinture à l'huile - © Olivier de Lannoy

Sous les Berbères Almoravides au XIe siècle, les ports de commerce de Essaouira, de Souira-kédima et de Safi réceptionnaient des marchandises du commerce transsaharien passées par Aghmat-Ourika, puis plus tard par Marrakech. Les bateaux de commerce appareillaient puis longeaient les cotes marocaines à destination des ports de Barcelone, Marseille ou Gènes.

Il s'agit de l'un des itinéraires des anciennes routes commerciales qui traversaient alors le Maroc. Le commerce à travers le Sahara, puis les pistes marocaines, était organisé notamment autour de l'or et de l'ivoire provenant d'Afrique de l'ouest (1). Ce commerce lucratif est né sous l'occupation romaine du Maghreb, dont celle du territoire marocain, et s'est développé tout au long du Moyen-âge.

L'Afrique de l'ouest présentait alors un intérêt économique de tout premier plan pour l'Europe médiévale et le Maghreb en raison de ses richesses. L'or, de même que l'ivoire, provenait des régions correspondant, entre autres, aux pays actuels du Ghana, de la Côte-d'ivoire, du Mali ou du Niger.

Ces régions de l'Afrique de l'ouest ne pouvaient être accessibles, depuis le Nord, qu'en traversant le désert du Sahara. Rappelons que le commerce maritime dans l'océan atlantique n'est apparu qu'à la fin du XVe siècle. Le Sahara est à considérer, au début du Moyen-âge, comme une immense superficie inaccessible et totalement inconnue des Européens. Seuls les récits des Berbères portaient à l'Europe la connaissance de fabuleux royaumes africains.

L'existence de certaines richissimes cités, comme Nouakchott, Sijilmassa ou Tombouctou, nourrissait l'imaginaire collectif en Europe occidentale. Mais aucun européen n'avait jamais pu observer de ses propres yeux ces cités africaines légendaires. Il faudra attendre l'année 1828 pour voir un non-musulman arpenter le Sahara, lors du périple à Tombouctou de René Caillié. Mais ce dernier fut plutôt déçu par la vieille cité malienne. Celle-ci avait depuis longtemps perdu son lustre d'antan.

Marché aux chameaux de Nouakchott
Marché aux chameaux à Nouakchott, Mauritanie

Le commerce entre l’Afrique sub-saharienne et le Maghreb remonte traditionnellement à l'époque pré-islamique. C'est peu dire, puisque le Sahara a été, depuis tout temps, le lieu d'une intense activité. Les Berbères ont connu le Sahara humide, à une époque reculée. Leurs ancêtres parcouraient alors une région humide, cultivée et disposant d'immenses lacs.

Avec le lent processus de réchauffement climatique, initié il y a plus de 20 000 ans, ils ont observé et subi la désertification progressive du Sahara. Le Sahara , devenu cette région aride et inhospitalière il y a environ 3000 ans, s'est dressé comme une barrière naturelle freinant les échanges nord-sud. Traverser le désert du Sahara imposait de franchir des dunes et des paysages arides sur plus de 2000 kilomètres.

La disparition des lacs du Sahara, dont l'immense lac Tchad, dont il ne reste aujourd'hui qu'une infime portion, a eu des répercussions directes sur les échanges. Des voies anciennes de communication ont disparu sous le sable. D'autres se sont déplacées à l'Est ou à l'Ouest. Les échanges commerciaux ancestraux entre le Maghreb et l'Afrique noire auraient même pu s'interrompre définitivement. La mémoire du mystérieux Sahara verdoyant allait-elle s'effacer à tout jamais ?

Chott el-Jérid, Tunisie
Chott El-Jérid, Tunisie

C'était sans compter sur l’opiniâtreté ni sur le caractère intrépide et aventurier des Berbères du Sahara. Répartis géographiquement au Maroc, en Algérie, comme en Mauritanie, au Mali et au Niger, les Berbères nomades de la partie ouest du Sahara n'ont pas hésité à poursuivre leurs itinéraires à travers ce désert brûlé par le soleil.

Sur une période couvrant plusieurs millénaires, les Berbères du Sahara ont été les maîtres incontestés du transport de marchandises, depuis l'Afrique noire vers le Maghreb, et au-delà vers l'Europe du Sud. Ils sont à l'origine des pistes caravanières du commerce transsaharien. Ce monopôle des Berbères s'est échelonné sur plus de 3000 ans. Il ne prendra fin qu'aux alentours du XVe siècle, et l'avènement du commerce maritime transatlantique.

On lui doit la création de la cité de Marrakech, en 1062, idéalement positionnée à un carrefour de routes commerciales remontant du Sahara. Les caravanes des Berbères provenaient de Tombouctou, via Zagora, ou de l'actuelle Mauritanie. Elles avaient franchi le désert du Sahara, gravi les pentes du massif du Haut-Atlas, longé ses vallées creusées dans la roche, pour enfin déboucher sur les plaines atlantiques du Maroc.

Un repos bien mérité attendait ces courageux nomades berbères à Aghmat-Ourika, dominée par les Berbères Almoravides. Ces derniers allaient peu à peu délaisser la cité d'Aghmat pour sa voisine devenue plus prospère. Si la vieille cité d'Aghmat s'est éteinte, dont il ne reste aujourd'hui que des ruines, elle a engendré la naissance de la célèbre cite ocre et de sa mosquée, la Koutoubia, il y a près de 1000 ans. Marrakech, créée à l'initiative des Berbères Almoravides, est la dernière cité née du commerce transsaharien.

À suivre ...



Sources

1 - Sam Nixon, « Tadmekka. Archéologie d’une ville caravanière des premiers temps du commerce transsaharien », Afriques [En ligne], 04 | 2013, mis en ligne le 23 mai 2013, consulté le 20 mars 2018. URL : http://journals.openedition.org/afriques/1237 ; DOI: 10.4000/afriques.1237


Crédit photos

- Tableau Essaouira, © Olivier de Lannoy

- Nouakchott camel market, via Wikimedia Commons

Marrakech, caravanes berbères et foundouks

Les foundouks sont la mémoire des anciennes cités aujourd'hui millénaires. Orthographié fondouk, et parfois funduq ou, plus rarement, fondouck, fundaq ou funduque selon les auteurs, ces termes désignent tous les fameux caravansérails qui garnissent les cités millénaires.

Fondouk El Mizane, Marrakech

Comme ici dans la Médina à Marrakech, ce lieu était destiné aux voyageurs, artisans et commerçants de passage. Il permettait d'accueillir les hommes, leurs marchandises, leurs chameaux et leurs chevaux. Les caravanes faisaient escale, sur le chemin des anciennes routes commerciales. Tout le monde y trouvait de quoi se restaurer, passer la nuit et se reposer avant les négociations commerciales. Ces lieux d'accueil et d'échanges grouillaient d'activités, véritable carrefour commercial et culturel.

Le commerce des caravanes berbères a eu un impact immense sur l'essor de centres urbains au Maroc. Il a été à l'origine du développement des cités au Maroc, protégées par des remparts, à l'image de Marrakech et de Fès, pour ne citer que les plus célèbres.

Cet héritage berbère ne laisse personne indifférent. Il a profondément marqué l'histoire du Maghreb, dont les foundouks sont une trace encore bien présente. Ils font d'ailleurs l'objet d'une attention toute particulière de la part des pouvoirs publics. Dans la Médina de Fès, des opérations de restauration ont été menées pour redonner leur dynamisme aux fondouks.

Ainsi que le relate le quotidien francophone du Maroc L’Économiste dans un article paru récemment (1), le foundouk Staouniyine de Fès a reçu la visite du ministre du tourisme. Une preuve, s'il en fallait, de l'intérêt que suscitent les fondouks aux yeux des autorités marocaines. Réhabilités par l'Agence de développement et de réhabilitation, les fondouks de la Médina de Fès s'offrent une nouvelle vie. S'y développent des activités artisanales, commerciales et des services de restauration pour les touristes.

L'édification de la cité de Marrakech est directement rattachée aux anciennes routes commerciales qui franchissaient le massif du Haut Atlas. Empruntant les vallées, ces voies commerciales débouchaient sur Aghmat-Ourika, avant de remonter vers le nord.

Itinéraire culturel del almoravides et des almohades: Antonio Almagro Gorbea

Dans un ouvrage à caractère historique et culturel publié en 1999, la fondation publique andalouse El legado andalusí, basée à Grenade en Espagne, consacre plus de 500 pages aux itinéraires almoravides et almohades traversant le Maroc. (2)

Ce livre remarquable nous rappelle que, sous l'impulsion d'Al Andalus, les Berbères Almoravides et Almohades, qui ont fondé et bâti Marrakech, ont développé des voies commerciales reliant le Sahara à l'Europe occidentale.

À suivre ...



Sources

1 - Fès: Une nouvelle vie pour les foundouks, Par Youness SAAD ALAMI, 02/03/2018, L’Économiste

2 - Itinerario Cultural de los Almorávides y Almohades, Fundación El legado Andalusí (España), 1999


Crédit photos

- Foundouk, Fès, Maroc, leconomiste.com.

L'artisanat du chanvre au Maroc

Alors que la production de chanvre dans le Rif marocain alimente toujours les débats, la presse relaie des avancées qui pourraient déboucher sur un nouveau paradigme. Considérée comme illégale au Maroc, la culture du chanvre s'est pourtant imposée dans la région du Rif. Elle s'est perpétuée jusqu'à aujourd'hui au Maroc, en dépit des interdictions, et pourrait connaitre un nouveau souffle avec le développement des nouveaux usages industriels de la fibre de chanvre.

Chefchaouen, Maroc

Chefchaouen et sa région, au nord du Maroc, pourraient voir se développer un nouveau type d'artisanat en marge de la maroquinerie et du travail de la laine traditionnels. Si l'artisanat est déjà l'une des principales ressources pour les familles marocaines habitant dans le Rif, il pourrait alors s’enrichir de nouveaux produits artisanaux élaborés à base de fibre de chanvre, apportant dans son sillage de nouveaux revenus.

Lire l'article à ce sujet: Nouvelles perspectives artisanales dans le Rif

Parler de l'artisanat du chanvre au Maroc peut paraitre un peu prématuré, si l'on considère son développement récent et les premiers pas qui vont dans ce sens. Pourtant, si l'on se réfère à l'histoire de cette culture et à la place qu'elle a occupée dans les sociétés humaines, l'artisanat à base de chanvre ressemble à s'y méprendre à un retour aux sources au Maroc.

Un artisanat très ancien au Maroc

Il est communément admis que la culture du chanvre trouve ses origine en Asie, bien que plusieurs foyers semblent avoir co-existé dès l'époque du néolithique. C'est ce que révèle une étude rapportée récemment dans le magazine scientifique international américain New Scientist. (1)

Des preuves archéologiques accumulées en Asie et en Europe font remonter les premières traces de l’utilisation du chanvre par l'homme à la fin de la dernière période glaciaire. C'est au cours du douzième millénaire avant notre ère que l'homme aurait commencé à exploiter les propriétés résistantes des fibres de chanvre et probablement ses propriétés médicinales.

Montagnes du Rif au Maroc

Son usage se serait ensuite répandu rapidement sur tout le pourtour méditerranéen, englobant la culture capsienne présente dans le Maghreb. Des écrits datant de près de 2000 ans, retrouvés en Chine et en Égypte, attestent de l'utilisation de la résine à des fins médicinales. Le papyrus de Ebers, écrit en 1500 av. J.C. et retrouvé en Égypte, mentionne les graines de chanvre utilisées pour soigner les inflammations. Les vertus du chanvre sont encore bien connues aujourd'hui, lequel, associé au miel, offre des propriétés à la fois antiseptiques, anti-douleurs et cicatrisantes. Les caractéristiques thérapeutiques des variétés de chanvre ont sans doute largement contribué à rendre cette plante indispensable aux premières sociétés humaines.

Bateaux de Christophe Colomb
Peinture La Niña, la Pinta et la Santa Maria par Edward Moran

Les fibres de chanvre étaient également appropriées pour confectionner des cordes très résistantes utilisées pour le gréement des bateaux à voile, et des textiles (vêtements, sacs, chaussures, ...). On peut dès lors évoquer les prémices de l'artisanat qui allait se développer rapidement dans toutes les communautés sédentarisées. Associé à de l'argile, la paille de chanvre était aussi utilisée comme matériaux la construction.

La variété des usages que l'homme a su faire de cette plante a encouragé une production planétaire. La répartition géographique de la culture du chanvre montre que son usage s'est généralisé sur tous les continents. Elle va accompagner les premières sociétés humaines tout au long de leur développement.

En définitif, les usages du chanvre sont si nombreux qu'il a certainement été à l'origine de l'artisanat au même titre que la laine et l'argile. Avec le retour, qui semble programmé au Maroc, d'une multitude d'activités artisanales liées à cette matière naturelle, on devrait prochainement voir émergé une véritable industrie, si les textes législatifs donnent le feu vert au développement licite de la culture du chanvre dans le Rif marocain.

Tapis berbère Beni Ouarain
Tapis berbère du Maroc en laine naturelle

Sources

1 - Founders of Western civilisation were prehistoric dope dealers - By Colin Barras, newscientist.com, 7 July 2016


Crédit photos

- Chaouen, Morocco, via commons.wikimedia.org

- Montagnes du Rif, Maroc, via commons.wikimedia.org

Nouvelles perspectives artisanales dans le Rif

On connait la propension des Marocains à utiliser les matières d'origine naturelle pour confectionner des objets artisanaux. Les ustensiles du quotidien comme les équipements de la maison proviennent très souvent au Maroc de l'artisanat marocain. Cet artisanat local produit une profusion d'objets variés à usage domestique ou décoratif dans toutes les régions du Maroc ou presque.

Les tapis berbères en laine naturelle en sont un parfait exemple dans ce domaine, réunissant design, confort et savoir-faire pour donner naissance à des tapis que l'on pourrait qualifier assurément d'écologiques. Le tapis Beni Ouarain symbolise tout l'art du tissage des tapis chez les Berbères et leur immense créativité.

Tapis berbère Beni Ouarain

Si le tapis Beni Ouarain du Moyen Atlas est un exemple de réussite, s'écoulant massivement sur tous les continents et contribuant grandement aux ressources des foyers dans ces zones rurales, il est un peu l'arbre qui cache la foret. Les foyers ruraux au Maroc ne disposent pas tous d'un tel vecteur de rentrée d'argent. C'est le cas de la région voisine isolée et escarpée du Rif central, au nord du Maroc, comme nous l'avons vu précédemment dans cet article: L'artisanat marocain, l'espoir du Rif.

Vue du Rif au Maroc

Dans cette région montagneuse, l'économie locale repose essentiellement sur l'agriculture, la culture du chanvre étant prépondérante sur les pentes caillouteuses des massifs du Rif marocain. Le sol n'est pas très riche en terre arable, limitant les possibilités dans le choix des cultures. Or le chanvre a la particularité de pouvoir s'épanouir dans un sol au potentiel limité.

Cette plante présente toutes les caractéristiques lui permettant de coloniser les terres moyennement riches ainsi que le rappelle Antoine Bosse-Platière:

Le chanvre textile est une plante peu exigeante, capable de produire une biomasse très importante dans des terres ingrates avec très peu d'intrants et d'arrosage et sans protection phytosanitaire. Antoine Bosse-Platière, terrevivante.org. (1)

Elle représente donc l'une des rares cultures à grande échelle pouvant êtres conduites dans le Rif marocain. Diversifier ses débouchés est ainsi un enjeu prioritaire pour toute la région rifaine. Les impératifs liés à la notion de développement durable promeuvent l'utilisation des matières naturelles dans de nombreux secteurs. Les débouchés du chanvre pourraient bien être à l'origine d'un nouvel essor économique dans cette région quelque peu défavorisée.

Plantation de chanvre, Chefchaouen, Maroc

La nécessité de rentabiliser la production de chanvre et d'élargir son utilisation ne répond pas seulement à des critères socio-économiques. Car en y regardant de plus près, la poursuite de la culture du chanvre dans les montagnes du Rif est menacée. Le Maroc doit se conformer aux traités internationaux et subit des pressions extérieures régulières.

Le milieu associatif rifain tente tant bien que mal de promouvoir les usages du chanvre dans le secteur médical et industriel. Mais ce chemin vers une reconnaissance de la culture du chanvre est parsemé d'embuches. Le journal Le Monde s'est fait l'écho de la possible légalisation de la culture du chanvre par les autorités marocaines dans un article publié en 2013 (2). Selon l'auteur de cet article, le parlement de Rabat était sur le point de légiférer pour fixer un cadre à la production de cannabis à des fins médicinales et industrielles.

Cette légalisation pourrait clarifier le contexte de la culture du cannabis et ainsi permettre à cette activité agricole ancestrale de se pérenniser en toute quiétude. Ce serait également une réponse appropriée aux autorités françaises comme européennes qui demandent un contrôle étatique sur cette culture.

L'artisanat marocain se verrait alors enrichi d'une nouvelle facette d'activités en fabriquant des textiles ou des matériaux de construction à base de chanvre, et en voyant se développer une véritable économie légale dans le Rif marocain.

Sources

1 - Construire en chanvre - Par Antoine Bosse-Platière, terrevivante.org

2 - Le Maroc songe à légaliser la culture du kif - Par Isabelle Mandraud, lemonde.fr, 25/09/2013


Crédit photos

- Vue du Rif, commons.wikimedia.org

- Parcelle de chanvre à Chefchaouen, lemonde.fr, Crédits Rafael Marchante / Reuters

L'artisanat marocain, l'espoir du Rif

Au Maroc, chaque région, ou presque, voit fleurir un artisanat spécifique, reconnaissable au premier coup d’œil par les habitués. Du nord au sud, et d'est en ouest, les Berbères ont su créer, à partir de matières naturelles, tous les objets utiles au quotidien.

Le développement de l'artisanat marocain a été soutenu par les voies commerciales qui traversaient le Maroc. Les routes du commerce transsaharien, dont celle de Tombouctou empruntée par René Caillié en 1828, ont permis aux échanges de se développer dans les villes étapes comme Marrakech ou Fès. Dans ces cités commerciales, l'artisanat va connaitre un essor remarquable, dont nous sommes les témoins encore aujourd'hui.

Tapis Beni Ouarain

Si des créations artisanales des Berbères du Maroc se sont imposées dans la société européenne, puis un peu partout dans le monde, d'autres sont restées longtemps cloitrées dans l'anonymat. Le fameux tapis Beni Ouarain a connu un essor relativement tardif, niché dans des zones montagneuses difficiles d'accès, avant de s'imposer comme une référence.

Mais tous les artisans n'ont pas connu ce même succès. La région du Rif, au nord du Maroc, également isolée par les massifs escarpés, est en revanche restée en marge du commerce transsaharien. Son artisanat, confiné aux seuls villages berbères, n'a jamais réussi à prendre son envol.

La mauvaise réputation du Rif marocain ...

Le Rif s'étend sur le front septentrional du Maroc, longeant les cotes de la Méditerranée, depuis le littoral atlantique jusqu'à la frontières avec l'Algérie. Les villes les plus connues du Rif sont Tanger, Ceuta, Chefchaouen, Tetouan et Nador plus à l'est.

Dans sa partie la plus accidentée, le Rif voit des sommets montagneux dépasser les 2400 mètres d'altitude. C'est la zone la plus isolée du Rif, appelée le Rif central. Les habitants sont majoritairement berbérophones appartenant aux tribus des Berbères Rifains, Sanhaja et Jbalas.

C'est l'une des régions les plus défavorisée du Maroc. Les revenus sont souvent illicites, provenant de la culture historique du chanvre. Cette culture remonte au moins au Xe siècle, comme l'explique l'architecte allemande Monika Brümmer.

... Pourrait bien dessiner son avenir

Lors d'une interview donnée au média Huffpostmaghreb, elle rappelle le caractère endémique et le rôle économique et social de la culture du chanvre dans le Rif central marocain.

[...] le Senhaja est une zone historique pour la culture de chanvre, "une variété ancienne, avec la morphologie de Cannabis sativa y est cultivé depuis au moins le 10e siècle et a été historiquement utilisée à des fins industrielles, médicinales et récréatives., Monika Brümmer, Huffpostmaghreb. (1)

Cette architecte allemande est spécialisée dans les matériaux de construction naturels, travaillant dans la recherche sur les mortiers et bétons fabriqués à base de chanvre à l'Université de Grenade en Espagne. Sa présence dans le Rif central marocain augure d'un puissant levier économique qui pourrait bien voir le jour.

Il est question de recyclage de matières premières naturelles pour les destiner à devenir des matériaux de construction écologiques s'inscrivant dans la notion de développement durable. Cette architecte allemande peut se targuer d'avoir déjà réalisé plus d'une centaine de maisons construites à base de chanvre recyclé.

Cela pourrait constituer une véritable rampe de lancement pour l'économie rifaine qui en a tant besoin. La réhabilitation du chanvre dans un cadre industriel pourrait bien bénéficier grandement à l'essor d'un artisanat local qui a bien failli disparaitre pour toujours.

À suivre ...

Sources

1 - Adrar Nouh: La coopérative qui veut fabriquer des briques en cannabis dans le Rif Central - Par Camille Bigo, huffpostmaghreb.com, 25/05/2017


Crédit photos

- Idem

Artisanat du Sud - Tapis Beni Ouarain

www.artisanat-du-sud.com

www.tapis-beni-ouarain.com

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