Les Berbères dans les tourbillons du Sahara

Si vous avez parcouru des articles sur ce blog, vous aurez surement noté le caractère troublant de certaines légendes berbères. Chez les anciens Berbères, l'une de ces légendes prétendait localiser une source du Nil dans le massif de l'Atlas, au sud du Maroc. Ils sont fous ces Berbères !

De l'Atlas à la source du Nil, le chemin est long et parsemé d'obstacles. Le principal obstacle qui a empêché les eaux de l'Atlas marocain de rejoindre celles du Nil, à travers le désert du Sahara, fut certainement la malhonnêteté intellectuelle.

Un exemple nous est donné par l'incontournable Wikipédia (1). L’article consacré à la civilisation africaine antique de Nabta Playa énonce une information surprenante. La dernière période humide du Sahara aurait vu, à partir de -11000, réapparaître une steppe semi-aride, composée d'herbe sahélienne, d'arbres et de buissons. L'eau s'accumula dans certaines dépressions, formant des lacs temporaires, principalement au pied des montagnes.

Outback, Australie
Steppe semi-aride de l'Outback, Australie

Vu sous cet angle, il est difficile, en effet, d'imaginer un fleuve marocain traverser 7000 km de steppes semi-arides pour venir alimenter le grand fleuve égyptien. On peut aussi se poser la question de savoir comment les Berbères, au cours de l'antiquité, ont pu penser qu'un fleuve pouvait traverser 7000 km de steppes semi-arides.

La réponse vient simplement en considérant le Sahara sous l’œil des découvertes scientifiques récentes (2). Du discours historique semi-aride de Wikipédia, nous pénétrons dans l'univers florissant (de type tropical) de la connaissance scientifique. De steppe semi-aride faiblement peuplée, le Sahara devient une contrée humide à la faune abondante.

Quantités de fleuves, rivières, lacs et marécages recouvraient le désert du Sahara vers -11000, accompagnés d'une flore et d'une faune très diversifiées. Des éléphants aux girafes, en passant par les bœufs et les antilopes, les crocodiles et les poissons, la nourriture était très abondante pour les groupes humains qui peuplaient ce vaste territoire. Nous sommes très loin des steppes semi-arides que l'on trouve dans l'Outback australien.

Paléohydrologie du Sahara
Paléohydrologie du Sahara - 11 000 à - 8000 (montage)

On peine à imaginer que le méga lac Tchad, et sa superficie d'un million de kilomètres carrés (double de la superficie de la France métropolitaine), puissent être assimilés à une simple dépression formant un lac temporaire dans l'antiquité.

Le photo-montage ci-dessus, aussi rudimentaire qu'il puisse paraitre, a été obtenu à partir des informations publiées en 2010 par une équipe de chercheurs anglais ayant travaillé sur la paléohydrologie du Sahara (Lire l'article). Ces révélations, vieilles de 7 ans déjà, venant confirmer des connaissances elles-mêmes millénaires, ne sont toujours pas prises en compte dans Wikipédia, en dépit des nombreuses mises à jours quotidiennes.

L'article de Wikipédia traitant de l'histoire de l'Afrique est éloquent à ce titre. L'antiquité du continent africain se résume à l’Égypte, Carthage et l'Empire romain. Les Berbères ne sont mentionnés que grâce aux Carthaginois et aux Romains qui les ont colonisés. Les peuples du Sahara verdoyant n'ont jamais existé, pas plus que les peuples d'Afrique de l'ouest ou d'Afrique orientale.

La dérision avec laquelle est traitée l'histoire de l'Afrique et des Africains a été soulignée par Antonella Maraini, historienne de l’art, écrivain, poète, essayiste et experte d’art et de la culture du Maroc et du Maghreb.

La Déesse Africa
La déesse Africa coiffée de la proboscis (dépouille de la tête d’éléphant), patère de Bosco Réale

L'éléphant, qui coiffe cette représentation de la reine berbère Ifri, est souvent mentionné par Juba II, ancien roi berbère de Maurétanie, tant il est vrai que cet animal imposant fut emblématique dans la culture berbère. (Lire l'article "La symbolique de l'éléphant chez les Berbères")

Dans un article intitulé "Juba de Mauritanie et l’héritage antique" (3), l'historienne appuie ses propos en évoquant la dérision dont fut victime ce roi berbère de l'antiquité. L'auteur de ce camouflet infligé au roi Juba de Mauritanie fut Titulaire de la chaire d'histoire de l'Afrique du Nord au Collège de France de 1912 à 1932, et Membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres en 1923.

Cet archéologue et historien français,du nom de Stéphane Gsell ridiculise, selon les termes employés par l'historienne, les affirmations de Juba de Mauritanie, érudit hautement considéré dans l'antiquité. Ce roi berbère semblait avoir une bonne connaissance des éléphants par exemple, ce que réfutait l'archéologue.

À suivre ...



Sources

1 - Nabta Playa, via Wikimedia

2 - Ancient watercourses and biogeography of the Sahara explain the peopling of the desert - PNAS, Nick A. Drake, 2010

3 - Juba de Mauritanie et l’héritage antique, Toni Maraini, Horizons Maghrébins, n° 39, Toulouse, P.U.M., 1999



Crédit photos

- Outback, Australia, via Wikimedia Commons

- La déesse Africa

Artisanat du Sud - Tapis Beni Ouarain

www.artisanat-du-sud.com

www.tapis-beni-ouarain.com

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