Athéna la Tritonide, Reine berbère

Athéna la Tritonide, Reine berbèreSi les femmes berbères sont réputées pour leur dignité et leur beauté légendaire, que dire de la reine berbère Athéna tritonis ?

Pour beaucoup d'entre nous, le terme "berbère" fait vaguement allusion aux peuples nomades du sud du Maroc ou de l'Algérie. On les imagine volontiers arpenter le désert du Sahara à dos de dromadaire, coiffés d'un tarzzit, et boire le thé à la menthe. Mais guère plus.

Les Berbères sont auréolés d'un certain prestige, sans qu'il soit commode d'en connaitre l'origine.

On pourrait les comparer aux Cathares du sud de la France, avec lesquels ils partagent quelques mystères d'ailleurs ...


Ci-dessus: Pallas Athena, Rembrandt (1606–1669)

En France, en bordure de l'autoroute A9, un panneau annonce fièrement "Vous êtes en Pays Cathare". Étrange, quand on sait que les Cathares ont été exterminés par l'église catholique au XIIIè siècle ...

Dans l'Atlas, aucun panneau ne signale "Vous êtes en Pays Berbère". Peu importe, les écrits d'Hérodote, de Platon ou de Virgile suffisent amplement.

Ces textes anciens révèlent une antique civilisation berbère prestigieuse qui se développa dans la chaine de l'Atlas, sur les rives du fleuve Triton et du lac du même nom, aujourd'hui disparus. Dans ces temps reculés, le Sahara était verdoyant. Les pâturages, garnis des troupeaux domestiqués, et les zones humides couvraient des centaines de kilomètres. La reine berbère Athéna tritonis, future déesse, naquit dans ce décor paradisiaque. Elle connaitra une destinée hors du commun.

Sahara verdoyant

Cette civilisation est peu documentée, n'apparait pas dans les manuels scolaires, mais se dévoile timidement grâce aux fouilles archéologiques. Les chercheurs s'appuient traditionnellement sur les écrits d'Hérodote.

Hérodote, le père de l'Histoire

HérodoteHérodote (484 av. J.-C. , 420 av. J.-C.), historien et géographe grec, n'est pas avare de descriptions des peuples "Barbares" vivant à l'ouest du Nil et dans l'Atlas au cours de l'Antiquité. Le terme "Barbares" désigne chez Hérodote les peuples étrangers au monde pré-hellénistique.

Dans son ouvrage intitulé Histoires et rédigé vers 445 av. J.-C., Hérodote aborde les raisons des guerres livrées par les Grecs contre les Perses. Il se sert de ses nombreux voyages pour décrire les peuples non-Grecs, notamment ceux situés sur les cotes méditerranéennes de l'Afrique du Nord.

Ses récits n'ont cependant pas fait l'unanimité parmi les historiens. Au cours des siècles qui ont suivi, certains historiens n'ont pas hésité à remettre en cause ces histoires qu'ils considéraient comme extravagantes voir utopiques. Le philosophe Plutarque (46 - 125) évoque les mensonges et les spéculations d'Hérodote (1). Il faudra attendre la Renaissance pour voir réhabilités les écrits d'Hérodote.

Les principaux reproches adressés à l'encontre d'Hérodote relèvent du caractère surprenant de certaines affirmations. Là où d'autres s'insurgent, des historiens et géographes leur accordent le plus grand crédit. C'est le cas de Louis Vivien de Saint Martin (1802 - 1896), géographe, qui se contente de relever la richesse des informations ethnographiques.

Analysant les descriptions des populations berbères faites par Hérodote, ce géographe situe précisément les zones géographiques habitées alors par les Berbères. Évoquant les Garamantes, une population berbère des rives du lac Triton, Louis Vivien de Saint Martin rappelle (page 50) qu'ils étaient décrits par Hérodote comme des conducteurs de chars tirées par quatre chevaux (2).

Ce qui ne semblait n'être rien d'autre qu'une vague assertion, invérifiable par définition, est aujourd'hui un fait historique avéré. L'existence des chars berbères tirés par des chevaux, plus de 5 siècles avant l'ère chrétienne, a été démontrée par les archéologues et les peintures rupestres du Maroc. (Lire l'article)

Les récentes fouilles archéologiques accréditent les écrits d'Hérodote, donnant à son discours un relief nouveau, débarrassé des critiques sans fondement des bien-pensants romains comme Plutarque.

Athéna la Tritonide

Minerve, logoQui mieux que la déesse Minerve pouvait symboliser l'Institut de France ? Cette déesse de la mythologie romaine est en effet présente sur le logo de l’Institut national des Sciences et des Arts à Paris.

Comme expliqué sur le site de l'Académie des beaux arts, Minerve est la protectrice de l’Institut de France et des cinq Académies. Apparentée à l’Athéna grecque, cette déesse guerrière est parfois représentée debout, casquée, portant une cuirasse et armée d’une lance. Fille de Zeus (Jupiter), sortie toute armée du cerveau de celui-ci, elle personnifie la vivacité de l’intelligence créatrice et préside à toutes les manifestations du génie humain. (3)

Minerve, chapelle

Son effigie a été sculptée sur la façade extérieure de la chapelle (photo ci-dessus), rehaussée du symbole de l’unité de l’Institut, le faisceau des lumières. Elle orne tous les documents de l'Institut et des Académies.

La déesse Minerve est directement inspiré par syncrétisme de la déesse grecque Athéna, protectrice d'Athènes. Également appelée Pallas Athéna, la déesse grecque est un emprunt à la mythologie berbère. Chez les Berbères de l'antiquité, elle était la reine Athéna Tritonis, une reine africaine.

Chott el-Jérid, Tunisie

Elle tient son nom du fleuve Triton, un fleuve majestueux de l'antiquité qui se jetait jadis dans l'immense lac Triton, au sud de l'actuelle Tunisie.

Athéna la Tritonide a très vite rejoint les Dieux de l'Olympe. Elle va même devenir la préférée de Zeus, le dieu des Dieux. Vierge, elle fut surnommée Parthénos, qui signifie jeune fille, et donna son nom au grand temple d'Athènes, le Parthénon (4).

Temple du Parthénon, Athènes

Sa naissance en Afrique du Nord, sur les rives ou à la source du fleuve Triton, replace les Berbères au cœur de l'histoire antique. Quand Hérodote décrit des coutumes berbères en hommage à la reine Athéna, on l'a vu, il ne s'agit plus de folklore. Les Berbères rendaient un culte à une reine devenue légende, puis déesse, avant de rejoindre les dieux de l'Olympe.

Doit-on y voir un héritage spirituel légué par les Berbères aux civilisations occidentales de l'antiquité ? Athéna est toute à la fois déesse de le guerre, déesse de la sagesse et déesse de la raison. [...] Elle personnifie la vivacité de l’intelligence créatrice et préside à toutes les manifestations du génie humain.

Athéna la Tritonide, Reine berbère

Ci-dessus: Athéna, Statue ornant la fontaine devant le parlement autrichien à Vienne.

On ne peut que constater, une fois encore, que le prestige et l'aura des populations Berbères ne cessent de s'étendre sur les rivages antiques de la méditerranée. Et pourtant, l'histoire des Berbères au cours de l'antiquité reste assez méconnue. Là ou les Pharaons d’Égypte, les Carthaginois, les Grecs ou les Romains garnissent les manuels d'histoire, les Berbères brillent étonnamment par leur absence. Cette reconnaissance est pourtant inversement proportionnelle à l'influence qu'ont exercé les Berbères sur ces peuples de l'antiquité.

à suivre ...

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Sources

1 - Hérodote, wikipedia.org,

2 - Le Nord de l'Afrique dans l'antiquité grecque et romaine, étude historique et géographique, Louis Vivien de Saint Martin, Paris, Imprimerie impériale, 1863, books.google.com,

3 - Académie des Beaux-Arts, symbole d'une institution, Minerve. academie-des-beaux-arts.fr,

4 - Athéna. wikipedia.org,


Crédit photos

- Pallas Athena, Rembrandt (1606–1669). commons.wikimedia.org

- Hérodote. commons.wikimedia.org

- Logo de l’Institut national des Sciences et des Arts, Paris. institut-de-france.fr

- Façade de l’Institut national des Sciences et des Arts, Paris. yanidel.com

- Temple du Parthénon, Athènes. commons.wikimedia.org

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