Le détroit de Gibraltar sous les feux des projecteurs

Seule ouverture de la Mer Méditerranée, le détroit de Gibraltar s'élargit sur l'océan atlantique entre les cotes marocaines et espagnoles. Il joue un rôle essentiel dans l'équilibre naturel de la Méditerranée. Sans lui, le niveau de la Grande bleue baisserait régulièrement en raison de l'évaporation.

Celui que Platon désignait sous le terme de "Colonnes d'Héraclès" revient dans l'actualité via des projets pharaoniques.

Le cap Spartel, détroit de Gibraltar, Maroc
Le cap Spartel, détroit de Gibraltar, Maroc (a)

Au cours de son histoire, l'homme a souvent entrepris la traversée du détroit de Gibraltar. Les cotes marocaines ne sont distantes que de 14 km des cotes espagnoles dans le passage le plus étroit.

Un lieu de passage depuis l'Antiquité

Les tout premiers hommes ont occupé les îles et les rivages du détroit de Gibraltar pendant la préhistoire il y a plus de 80 000 ans. Les Ibéromaurusiens étaient présents à la fois sur les cotes marocaines et espagnoles.

Détroit de Gibraltar, NASA
Détroit de Gibraltar, Espagne à gauche, Maroc à droite, NASA (b)

Lors de la dernière glaciation, achevée il y a 10 000 ans, la profondeur du détroit était seulement de 8 à 9 mètres. Des îles émergeaient à l'Ouest du détroit, autour du banc Spartel. La traversée du détroit sur des embarcations rudimentaires était presque une routine. Il suffisait de progresser d'île en île pour rejoindre la rive opposée.

Lire à ce sujet l'article abordant ce mystère qui entoure les Berbères.

Aujourd'hui, la profondeur du détroit de Gibraltar atteint 800 mètres à l'Est. Le sommet d'une île sous marine du banc Spartel n'est qu'à - 56 mètres à l'Ouest.

Selon Jean Guilaine, professeur au Collège de France et spécialiste du Néolithique, la navigation sur la mer Méditerranée au delà de l'horizon remonte à plus de 13 000 ans.

Depuis la préhistoire (- 20 000 ans), puis au Néolithique, et jusqu'à aujourd'hui, le détroit de Gibraltar se traverse donc par bateau, assurant les échanges entre l'Europe et l’Afrique. Mais certains projets voudraient changer les choses ...

Projets de raccordement

Ces dernières décennies, un projet de tunnel puis un projet de barrage dans le détroit ont vu le jour. Le premier est déjà ancien puisqu'il remonte à 1980. Le projet de barrage est plus récent et date de 2014.

Projet de liaison fixe à travers le détroit de Gibraltar

L'idée de construire un tunnel ferroviaire dans le détroit de Gibraltar a germé à la fin des années 70. Les premières études de faisabilité ont été lancées en 1980 par un accord signé entre le Maroc et l'Espagne (1).

Plan des forages en mer et à terreEn 1996, un rapport technico-économique jette les bases d'un schéma de forage sous le plancher du détroit. Ce rapport oriente les études vers la prospection par forage profond pour mieux appréhender la nature du sous-sol au fond du détroit.

Ci-contre, l'image du plan des forages réalisés en mer et à terre montre un tracé suivant les hauts-fonds situés à l'Ouest du détroit (1). Car à l'Est, la profondeur atteint 800 à 1000 mètres.

Les moyens mis en œuvre ont été considérables. Au total, ont été réalisés plus de 10 000 km de profils géophysiques, 2000 échantillons de fond marin ont été prélevés et 50 forages courts ont eu lieu (source: SNED).

La longueur totale du tunnel sera de 38,7 km, dont 28,8 km pour la portion sous marine. Les deux gares terminales, celle de Tarifa en Espagne et celle de Malabata, du nom du cap Malabata à l'Est de la baie de Tanger, au Maroc, seront distantes de 42 km (source: SNED).

Vue du cap Malabata, Maroc
Vue du cap Malabata, Maroc (c)

Une 5ème campagne de forages profonds a été prévue en 2010. En 2013, un article de la presse fait état d'une relance de ce projet (2). L'Organisation des Nations Unies a rendu un rapport dont les conclusions tendent à encourager la poursuite du projet. Mais 35 ans après le premier accord entre le Maroc et l’Espagne, le projet fait toujours l'objet d'études.

Ces études ont permis de constituer un immense champ de connaissance sur une zone sous marine jusque-là peu étudiées.

Ces connaissances, partagées avec le monde scientifique, ont permis au géologue français Jacques Collina-Girard de mener à son tour une étude sur les îles sous marines du détroit. Situées à l'Ouest du tracé du tunnel, des îles proches du banc Spartel correspondent en tout point à la description de l'Atlantide par Platon.

Lire à ce sujet l'article Ce mystère qui entoure les Berbères.

Projet de barrage sur le détroit de Gibraltar

En aout 2014, un nouveau projet sur le détroit de Gibraltar a fait son apparition. Il est l’œuvre de Ha-Phong Nguyen, un étudiant de Master en constructions hydrauliques à l'École polytechnique fédérale de Lausanne en Suisse (3).

Le projet consiste en un barrage visant à réguler le niveau de la Mer Méditerranée, tout en maintenant la navigation et les flux de la faune aquatique. Ce barrage serait un remède face à l'inexorable montée du niveau des mers et des océans. Il consisterait à ne laisser qu'une ouverture de 1 km et serait destiné aussi à la production d'énergie.

Détroit de Gibralar, Vue du Rif marocain depuis l’Espagne
Détroit de Gibralar, Vue sur le Rif marocain (Djebel Moûsa) depuis l’Espagne (d)

Coté marocain, l'attention des pouvoirs publics n'est pas exclusivement tournée vers des projets pharaoniques. Une attention particulière est apportée au littoral du détroit, par des projets de recherches archéologiques.

Fouilles archéologiques

Nous voila de retour dans l'antiquité. Au Maroc, de nombreux sites archéologique font l'objet de fouilles depuis des décennies. Le site internet du Ministère de la Culture marocain s'en fait l'écho. Il assure le financement des recherches archéologiques au Maroc.

Les Sites Préhistoriques et antiques y sont présentés en détail, les publications de la Direction du Patrimoine Culturel mettant l'accent sur les aspects culturels les plus remarquables (4).

Grotte d'Hercule, cap Spartel, Maroc
Grotte d'Hercule, cap Spartel, Maroc

Les premières fouilles archéologiques au Maroc datent de 1874 dans la région de Tanger, tout près du détroit de Gibraltar, au cap Spartel.

Les grottes du cap Spartel

Un document de 1912 de la Résidence Générale de la République Française au Maroc présente les premières observations au début du XXe siècle:

La région de Tanger contient un certain nombre de grottes et abris préhistoriques: la présence de quelques-unes de ces grottes dans les falaises du Gap Spartel a été signalée dès 1875 par le docteur Bleicher.
- Villes et Tribus du Maroc, Paris, 1912, Résidence Générale de la République Française au Maroc (5)

Le document rapporte ensuite les légendes rattachées à cette portion de la façade atlantique marocaine:

La situation de Tanger à la limite du monde connu des anciens a donné naissance à des légendes fameuses. De Ceuta, que domine le Djebel Moûsa, jusqu'à Larache, où l'on situe le Jardin des Hespérides, on peut, en suivant la côte, évoquer les exploits d'Hercule et d'Antée et les aventures d'Ulysse; près du Cap Spartel on remarque encore des grottes qui auraient été habitées par Hercule et qui portent son nom.
- Villes et Tribus du Maroc, Idem (5)

Le Djebel Moûsa est un massif montagneux situé à l'entrée du détroit de Gibraltar, coté Sud, en arrivant par le mer Méditerranée. Il fait face au rocher de Gibraltar.

Djebel Moûsa, Maroc
Djebel Moûsa, Maroc (e)

Ces deux promontoires rocheux figurent les deux colonnes d'Hercule. Elles marquaient le fin du monde connu dans l'antiquité chez les Grecs et les Romains. Au delà de ces deux colonnes, Platon, au IVe siècle avant J.C., situait les îles des Hespérides et le Royaume de l'Atlantide dans la mythologie grecque.

Le site de Larache

Larache, dans la région de Tanger, s’appelait Lixus dans l’antiquité. Elle est considérée comme une ville fondée par les Phéniciens au IVe siècle avant J.C. Mais selon Pline l'ancien (23, 79), la cité de Lixus aurait été fondée au XIIe siècle avant J.C. :

Vue de la ville de Larache et son port vers 1670
Vue de la ville de Larache et son port vers 1670 (f)

Le site du ministère marocain de la culture ne semble pas pouvoir trancher entre ces deux hypothèses:

La mention la plus ancienne remontant au périple du Pseudo Scylax (IVème s. av. J.-C.), fait de « Lixos » une ville phénicienne. Des indications un peu plus détaillées sont fournies par d’autres textes antiques, en particulier celui de Pline qui place l'un des exploits d'Hércule (la cueillette des pommes d'or des jardins des Héspérides) à lixus et présente Lixus comme la plus ancienne colonie phénicienne de l'occident méditerranéen (XIIème s. av. J.-C.), en indiquant que le temple de Lixus est plus ancien que celui de Gadès.
- Sites Antiques , Ministère de la culture, Royaume du Maroc (4)

Cette cité est au cœur de nombreuses légendes, comme d'autres sites archéologique au Maroc. Quelques kilomètres seulement séparent la cité de Lixus du Cromlech de M'zora. Il s'agit d'un monument mégalithique assez mystérieux. La légende rapporte qu'il s'agit de la tombe de Antée.

Reprenons ce document rédigé en 1912:

C'est dans les parages de Tanger en effet que passe pour avoir vécu le roi du Nord-Ouest africain, Atlas ou Antée, fils de Neptune et de la Terre;
- Villes et Tribus du Maroc, Paris, 1912, Résidence Générale de la République Française au Maroc (5)

Le document relate ensuite un fait concernant le Général romain Quintus Sertorius (122 av. J.-C. - 72 av. J.-C.) :

Le tombeau d'Antée aurait été ouvert par Sertorius dans les premiers temps de l'occupation romaine : on y aurait trouvé un squelette de soixante coudées de longueur (33 mètres).
- Villes et Tribus du Maroc, Paris, 1912, Résidence Générale de la République Française au Maroc (5)

Le Tertre de M'zora se voit lui aussi attribuer des légendes tirées de la mythologie grecque puis romaine.

Tertre de M'zora, Maroc
Tertre de M'zora, Maroc (g)

On pourrait s'étendre encore longtemps sur les légendes de l'antiquité, sur la mythologie, et les retrouver avec un air amusé, si un géologue n'était venu semer le doute dans nos esprits ...

Cette richesse archéologique dans la région de Tanger est peut-être la cause du retard du projet de tunnel sous le détroit entre le Maroc et l'Espagne. Mais on peut toujours songer que l'histoire antique des Berbères le vaut bien. Non ?


Sources

1 - Projet de liaison fixe à travers le détroit de Gibraltar, SNED, Maroc

2 - L'ONU relance le projet de liaison fixe entre le Maroc et l'Espagne, ( Xinhua ), french.peopledaily.com.cn, Chine

3 - Un barrage à Gibraltar pour maîtriser le niveau de la mer, Sandy Evangelista, EPFL, Suisse

4 - Patrimoine matériel, Ministère de la culture, Rabat, Royaume du Maroc

5 - Villes et Tribus du Maroc, Paris, 1912, Résidence Générale de la République Française au Maroc, Archives du Maroc


Crédit photos

a - Cap spartel Maroc, By Bruno Le Bansais (Own work), via Wikimedia Commons

b - The Strait of Gibraltar, NASA, view from space shuttle Endeavour, 1994

c - Malabata cape, Morocco, mike h wuest, 2006

d - Le détroit de Gibraltar, - © EcranPlus (Patrick)

e - Djebel Moûsa, Maroc - delegation.mjs.gov.ma

f - Vue de la ville de Larache et son port vers 1670, 1670, John Ogilby (1600-1676), - themaritimegallery.co.uk

g - Tertre de M'zora, Maroc - VIP-Blog de rolbenzaken

Artisanat du Sud - Tapis Beni Ouarain

www.artisanat-du-sud.com

www.tapis-beni-ouarain.com

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