Les tapis des femmes berbères, Liberté et créativité

Comme chacun sait, les tapis Berbères étaient destinés à couvrir le sol dans les tentes. Ce peuple de nomades avait recours aux tapis dans la chaleur et le sable du désert comme dans les massifs froids et escarpés de l'Atlas. Si les premiers équipaient leur tente d'un tapis Hanbel fin, à laine rase et parfois rugueux, les Berbères de l'Atlas privilégiaient au contraire la douceur de la laine et l'épaisseur du tapis.





Dans la fraicheur des montagnes du Moyen Atlas, ces berbères ont produit l'un des tapis les plus estimés des décorateurs, le tapis tribal Beni Ouarain.

Un salon épris de liberté et de couleurs

Avant de passer aux grands tapis, voici un tapis Beni Ouarain de taille respectable, atypique, garni de losanges et de symboles berbères de couleur brun noir.

Ce tapis du Moyen-Atlas a été conçu par des femmes berbères à partir de brins de laine de couleur naturelle. La blancheur de ce tapis mettra en lumière un canapé en couleur.

Il se range dans la catégorie des tapis à laine dense. Son épaisseur est voisine de 2,5 cm, ce qui en fait un tapis isolant du froid et extrêmement soyeux.

Coté décoration, ce tapis pourra se marier avec un canapé en cuir bleu indigo, jaune pâle ou rouge dans un salon aux murs blancs.

Grands tapis Beni Ouarain

Pour cette rentrée, nous vous proposons des tapis Beni Ouarain de grande taille, à fond ivoire et dessins noirs, d'une surface de 12 m² pour les plus grands. Avec une largeur de trois mètres pour une longueur de quatre mètres, ces tapis sont spécialement destinés aux grands salons.

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Tapis et tradition berbère

Des murs blancs ou en couleur, un mobilier contemporain, ethnique ou classique, tous les styles décoratifs s'accordent avec un tapis Beni Ouarain.

Tapis Beni Ouarain
Tapis Beni Ouarain
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La tradition des grands tapis marocains remonterait aux XIVe et XVe siècles, selon des historiens. Ils apparaissent dans les inventaires de familles royales, et sont probablement antérieurs à cette époque, comme le signale Frédéric Damgaard:

Par des historiens européens, nous savons qu'aux XIVe et XVe siècles des tapis marocains et tunisiens se trouvaient dans les inventaires des princes et des rois de Castille et de France, ou encore à Venise. Ces pays avaient pourtant eux-mêmes de très beaux ateliers de très beaux tissages.
- Tapis et tissages - L'art des femmes berbères du Maroc, Frédéric Damgaard, page 32 (1)

La qualité des tapis marocains les destinaient aux "personnages les plus importants en Europe".

Tapis berbère Beni Ouarain
Tapis Beni Ouarain 235 x 150 cm
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La part de mystère de ces tapis se décline en losanges, formant un damier assez régulier. Cela apporte beaucoup de mouvement, accentué par l'absence de cadre rigide sur le pourtour du tapis.

Un succès déjà ancien

On peut facilement imaginé que la pénétration de ces tapis au sein des familles royales en France et en Castille prend sa source dans la période d'Al-Andalus. Car ces deux entités géographiques n'ont été que partiellement concernées par cette présence arabe et berbère entre les VIIIe et XVe siècles.

Pour aller plus loin, lire l'article "Aux racines de l'artisanat marocain, Al-Andalus".

La présence des Maures en Andalousie et dans le Sud de la France a fait découvrir, entre autres, l'architecture et la décoration inspirées de l'Art islamique aux peuples européens.

Tapis berbère Beni Ouarain
Tapis Beni Ouarain 350 x 270 cm
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Dés lors, les tapis Marocains vont séduire et s'installer progressivement et définitivement dans le cercle restreint des tapis rois pour la décoration intérieure.

Plusieurs auteurs ont essayé de décortiquer les raisons du succès remarquable de ces tapis. Un bon nombre d'entre-eux s'accorde sur le fait que l'explication se trouve dans l'origine historique de ces tapis.

Dans de précédents articles, nous avons déjà fait mention des multiples influences qui parcourent le monde berbère depuis l'Antiquité. L'influence particulière de l'Afrique subsaharienne a été évoquée récemment dans l'artisanat marocain des caravanes berbères.

L'influence artistique subsaharienne

Elle est également souligné par Frédéric Damgaard dans son livre, et nous partageons entièrement son analyse fondée sur le bon sens.

Tapis berbère Beni Ouarain
Tapis Beni Ouarain 380 x 250 cm
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Les Berbères ont établi des liens avec les nomades du Sud du Sahara depuis probablement l'Antiquité. Les caravanes berbères de Marrakech à Tombouctou et Gao, dans l'Empire du Mali, ont été un vecteur de mélange et d'influence réciproque entre les Berbères du Nord du Maghreb et ceux du Sud du Sahara.

Frédéric Damgaard rappelle à juste titre que (aux alentours du XIe siècle et suivant) :

Plusieurs des plus célèbres dynasties régnant au Maroc et jusqu'en Andalousie étaient issues de ces tribus berbères au Sud du Sahara.
- Tapis et tissages - L'art des femmes berbères du Maroc, Frédéric Damgaard, page 36 (1)

Tapis Berbère AzilalHistorien spécialiste de l'Art islamique, fin connaisseur de l'art au Maroc, Frédéric Damgaard précise que ces influences sont évidentes tant au niveau des couleurs que pour les signes et symboles.

Cet héritage s'est maintenu et transmis aux cours des siècles. Pour l'anecdote, le tapis marocain le plus ancien daterait de 1792.

Les tapis récents se revêtent des mêmes symboles et organisations que les tapis anciens. Sur ce tapis ancien d'Azilal au décor losangé (photo ci-contre), la lignée des tapis marocains s'identifie au premier coup d’œil.

Les losanges s'écoulent jusqu'en bas du tapis, suggérant des changements dans l'état d'esprit des femmes berbères qui l'ont tissé. Car en effet, le losange est l'expression de la femme dans la symbolique berbère.

L'empreinte de la femme berbère

Les éclairages apportés par Frédéric Damgaard sur le rôle de la femme suggère une empreinte très féminine sur ces tapis:

Depuis toujours, l'art du tissage a été entre les mains des femmes, c'est un travail éminemment féminin, surtout dans les tribus berbères.
- Tapis et tissages - L'art des femmes berbères du Maroc, Frédéric Damgaard, page 32 (1)

Cela explique pourquoi le losange est si présent dans les créations des femmes berbères. Il représente les étapes primordiales de la vie d'une femme. Certains y voient plus précisément la vie sexuelle des femmes, la virginité, le passage de l'adolescence libre à la femme mariée, les naissances etc. Mais l'intimité reste secrète, car plusieurs femmes peuvent travailler sur un même tapis.

Sur ce grand tapis Berbère Beni Ouarain, on peut noter le tracé aléatoire des losanges et la liberté que prennent les femmes berbères.

Aux losanges bien dessinés, avec des cotés rectilignes et d'une épaisseur régulière, se mêlent un tracé un peu irrégulier et des losanges disjoints.

Frédéric Damgaard met l'accent sur ce point lorsqu'il aborde les méthodes de travail dans ces zones rurales du Maroc:

Si la tisseuse est empêchée par une naissance, les travaux ménagers ou aux champs, par exemple, elle est relayée par une autre femme de la tribu, qui prend sa place au métier à tisser ...
- Tapis et tissages - L'art des femmes berbères du Maroc, Frédéric Damgaard, page 109 (1)

Cette rupture du dessin confère au tapis un cachet très artistique, tout comme les légères différences de tons de jaunes sur des tapis à laine teintée. Le jaune orangé est une teinture naturelle créée à partir du henné. Les créations manuelles de la teinture sont étalées dans le temps. Elles produisent des variations des nuances de jaune orange de la laine. Ce deuxième point contribue lui aussi grandement au cachet artistique du tapis. Il fait du tapis un objet unique, comparable à une œuvre d'art. Ces tapis Beni Ouarain anciens en couleurs sont devenus quasiment introuvables.

Liberté et créativité de la femme berbère

Frédéric Damgaard relève ce trait de caractère du travail des femmes berbères en reprenant les propos de Bert Flint, grand spécialiste de l'art berbère:

... une natte tissée par une femme berbère anonyme a droit, elle aussi, à être qualifiée d’œuvre d'art au même titre qu'une création d'artiste contemporaine. D'autres critiques d'art intervenant sur ce sujet se demandent aussi si les peintres, sculpteurs et autre artistes « patentés » ont le monopole de « faire de l'art ». Évidemment non !
- Tapis et tissages - L'art des femmes berbères du Maroc, Frédéric Damgaard, page 24 (1)

On peut sans aucun doute transposer cette analyse aux tapis marocains en général, et précisément aux tapis Beni Ouarain. La notion de créativité, au centre de toute création artistique, est inhérente à la femme berbère.

Là encore, Frédéric Damgaard le mentionne en illustrant bien le tempérament des femmes berbères et leur esprit de liberté:

La créativité de la femme berbère [...] n'a aucune limite, elle semble parfois faire voler en éclats les principes ancestraux pour se livrer en toute liberté à de nouvelles expériences.
- Tapis et tissages - L'art des femmes berbères du Maroc, Frédéric Damgaard, page 110 (1)

On pourrait apparenter cette attitude à de la nonchalance, mais elle produit un immense réservoir de créations uniques profondément artistiques.

Que ce soit pour une technique de tissage, de teinture de la laine ou pour un damier de losanges, la femme berbère déploie sa nonchalance comme un ultime don artistique. Et comme un rempart contre la monotonie et l'uniformité.

Il en résulte des tapis hautement artistiques, qui dérogent parfois aux tapis traditionnels. On l'a vu avec ce tapis Beni Ouarain en couleurs, au début de cet article.

On l'a vu encore avec ces grands tapis à fond ivoire ornés seulement de quelques symboles comme des graffitis.

Était-ce un moyen pour la tisseuse de signifier l'absence, ou son désir d'exprimer sa liberté de création ? Chacun pourra l'interpréter à sa façon, mais le tapis conservera toujours une part de mystère.


Découvrez l'histoire des Tapis Beni Ouarain du Moyen Atlas marocain et plongez dans l'univers des Berbères. Un univers passionnant, traité dans un dossier spécial, qui vous mènera des hauts-plateaux de l'Atlas marocain aux salons les plus design des créateurs à Sydney, New-York ou Copenhague.



Source:

- (1) Tapis et tissages - L'art des femmes berbères du Maroc, Frédéric Damgaard, historien, Art islamique, La croisée des chemins, 2009, 317 pages.

L'artisanat marocain des caravanes berbères

On le sait, l'artisanat marocain est riche de sa culture. Sa notoriété doit beaucoup à ses racines culturelles, produisant un artisanat diversifié et stylisé. Il est profondément rattaché aux Berbères et porte en lui le souvenir d'Al-Andalus.

Lire à ce sujet l'article "Aux racines de l'artisanat marocain, Al-Andalus".

Caravane berbère
Caravane berbère (a)

Si il est vrai que la période d'Al-Andalus et l'art Hispano-mauresque ont largement influencé l'artisanat marocain, dès le XIe siècle, ce ne sont pas les seuls sources d'influence. Le monde Berbère entretenait aussi des échanges commerciaux et culturels avec des empires africains.

L'Histoire privilégie les civilisations les plus brillantes dont on connait les écrits, l'architecture et le rayonnement artistique. On connait bien mieux les Empires Grec, Romain, Perse ou Byzantin, que l'on ne connait l'Empire du Ghana, l'Empire du Mali, l'Empire Songhaï ou le Royaume Mandingue.

L'Empire du Mali

Dans la tradition de ces contrées subsahariennes, le passé glorieux se transmet oralement par les griots, plutôt que par les écrits. Lors d'une représentation théâtrale, la Compagnie BuLuLu raconte une épopée célèbre en Afrique de l'Ouest (photo suivante).

Soundiata l’enfant Lion, Cie BuLuLu
Soundiata l’enfant Lion – Cie BuLuLu (b) - www.yves-rousseau.com

La fondation de l'Empire du Mali au XIIIe siècle nous est connue par un poème mandingue transmis oralement, l'Épopée de Soundiata. Elle est l’œuvre de Soundiata Keita.

Cet empire s'étendait de la cota atlantique à l'Ouest jusqu'à Gao et la boucle du fleuve Niger à l'Est, et des forêts équatoriales aux limites du Sahara.

Il couvrait les pays actuels du Mali, Burkina Faso, Sénégal, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Mauritanie et la Côte d'Ivoire sur sa frange Nord-Ouest (1).

L'empire du Mali au XIVe siècle
Carte de l'Empire du Mali au XIVe siècle (c) - fr.calameo.com

Ce territoire était riche en or, sel, cuivre et ressources agricoles. C'est d'ailleurs encore le cas aujourd'hui, le sous-sol du Mali recèle des mines d'or qui attirent la convoitise (2).

Les Berbères ont commercé avec l'Empire du Mali, nouant des liens culturels, relatés par un auteur berbère du XIVe siècle, Ibn Khaldun (3).

On sait que cet empire a connu un essor formidable au XIVe siècle, grâce au commerce de l'or et de l'ivoire. Mais peu de textes nous sont parvenus, et il reste de nombreuses zones d'ombre. Les rares textes émanent d'auteurs berbères, dont une compilation a été rédigée avant 1500 par Joseph M. Cuoq. Il s'agit du Recueil des sources arabes concernant l'Afrique occidentale du VIIIe au XVIe siècle (Bilad al-Sudan) (4).

La grande mosquée, Djenné, Mali
La grande mosquée, Djenné, Mali (d)

Comme le souligne Henri Moniot à propos de la traduction de ce recueil:

Voici l'un des instruments de travail les plus importants, et de loin, qui soit paru depuis longtemps pour l'historien de l'Afrique, ...
- Joseph M. Cuoq Recueil des sources arabes concernant l'Afrique occidentale du VIIIe au XVIe siècle (Bilad al-Sudan), Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1977, vol. 32, n° 2, pp. 332-333 (4)

Autant dire que nous savons très peu de choses sur cet empire comme sur les autres qui ont jalonné l'histoire de l'Afrique de l'Ouest au Moyen-âge. Cet empire occupait la région située entre le Sahara et la foret équatoriale. Si la capitale était Niani, un village de la République de Guinée aujourd'hui, la ville de Tombouctou va cependant connaitre un fort développement.

Caravane de dromadaire dans le désert
Caravane de dromadaire dans le désert (e)

Fondée, semble-t-il, au XIe siècle par des nomades Berbères Touareg, Tombouctou va devenir un centre de commerce majeur en Afrique avec l'émergence du commerce du sel, de produits agricoles et de l'artisanat Touareg qui va donner lieu à une épopée restée dans l'Histoire: les caravanes Berbères de Marrakech à Tombouctou.

Les caravanes Berbères de Marrakech à Tombouctou

Si les caravanes berbères transsahariennes ont largement décliné depuis le XIXe siècle, quelques vestiges subsistent de cette légendaire traversée du désert. À Zagora, dans le Sud-Est du Maroc, aux portes du désert, un panneau annonce la couleur: Tombouctou, 52 jours à dos de dromadaire.

Tombouctou, 52 jours
Panneau indiquant Tombouctou, 52 jours, Zagora, Maroc (f)

Il fallait bien ça pour couvrir les 2500 km qui séparaient Marrakech de Tombouctou, à raison d'une quarantaine de kilomètres parcourus par jour par une caravane de dromadaire. Le trajet n'était pas rectiligne, les Berbères naviguant en reliant les points d'eau.

Les caravanes berbères semblent exister depuis le Moyen-âge, le dromadaire était le moyen de transport le plus adapté à ces contrées arides. Si peu d'éléments subsistent des premières expéditions de dromadaires, un témoignage précieux nous est fourni par M. de Brisson dans un ouvrage intitulé "Histoire du naufrage et de la captivité de M. de Brisson, officier de l'administration des colonies : avec la description des déserts d'Afrique, depuis le Sénégal jusqu'au Maroc" publié en 1789 (5).

M. de Brisson décrit les vallées arides, le soleil brûlant et les buissons d'épineux qui apparaissent ça et là. Il décrit également les rapports tendus entre les Arabes et les Berbères.

Erg Chebbi
Erg Chebbi, Maroc (g)

Encore au XVIIIe siècle, les Européens considéraient la traversée du Sahara comme impossible et réservée aux Arabes et aux Berbères. Pourtant, certains s'y sont aventurés, comme René Caillié (1799-1838). Son périple de 1824 à 1828 est relaté dans son livre paru en 1830 "Journal d'un voyage à Temboctou et à Jenné dans l'Afrique centrale" (6).

Parmi les nombreuses anecdotes, il fait état du travail des artisans, lesquels sont un mélange de Berbères (appelés Maures) et de Mauritaniens:

Ils sont ou cordonniers ou forgerons : les cordonniers font tous les ouvrages en cuir, sandales, porte -feuilles, selles, etc : les forgerons font les serrures , les entraves , les poignards , et généralement tous les ouvrages en fer; ils sont, de plus, orfèvres, et travaillent avec beaucoup d'adresse ;
- Journal d'un voyage à Temboctou et à Jenné dans l'Afrique centrale, René Caillié, 1830, page 125 (6)

Les artisans, appelés Zenagas ou Mallemins, étaient soumis à ceux qui portaient les armes (Hassanes) et suivaient parfois les caravanes. Les origines diverses des artisans a engendré un partage des techniques et des savoir-faire entre les Berbères et d'autres peuples sahéliens. Tout comme les Berbères d'Andalousie avaient rapporté leurs techniques à Marrakech dès le XIe siècle.

Tentes Berbères
Tentes Berbères

Contrairement à l'art Hispano-mauresque, dont des vestiges subsistent en Andalousie, l'héritage artisanal des peuples du Sahel, du Sénégal ou de Mauritanie est plus difficile à définir. De plus, l'artisanat de cette époque était davantage tourné vers les biens d'équipement, pour les tentes ou le bât des dromadaires par exemple. Dans son livre, René Caillié évoque les différents objets utilisés au quotidien par les Berbères.

Il décrit la toile des tentes Berbères réalisée en laine de mouton et tendue par des cordes en cuir attachées à des piquets. Une mention est faite des tapis en "poils de moutons", probablement des poils de chèvres, bien que des moutons auraient des poils et non de la laine dans cette région d'Afrique selon l'auteur. Les effets personnels sont transportés dans des sacs et des malles en cuir (page 92). Les plats sont en bois, et les pots en terre cuite proviennent du Fouta-Djalon, en Guinée actuelle (page 93).

Il y a aussi des sacs en cuir utilisés pour faire cailler le lait (page 101) ou pour stocker les grains de mil (page 119) ou la viande séchée (page 131) ou encore pour transporter l'eau (page 135).

Ainsi, les produits artisanaux consistaient principalement en objets de cuir, en bijoux, poteries, objets en bois, tentures, tapis ou étoffes. On peut s'en faire une idée en observant l'artisanat Touareg.

L'artisanat Touareg

Chez les Touaregs, ces Berbères du désert, on retrouve des objets artisanaux marocains qui se distinguent de l'artisanat de Marrakech, Safi ou Fes.

Poteries Berbères Touareg
Poteries Berbères Touareg

Les poteries sont souvent à l'état brut, ornées de motifs tribaux géométriques. Elles sont fréquentes sur les marchés à Zagora, Agdès ou Ouarzazate dans le Sud du Maroc. Les bijoux touareg en argent sont aussi très réputés.

Bijoux Berbères Touareg
Bijoux Berbères Touareg

Les tapis Hanbel font partie de la panoplie des artisans touaregs. Ils sont fins et légers, adaptés au sable du désert car faciles à secouer pour en retirer les grains de sable.

Tapis marocain hanbel
Tapis marocain hanbel

La coloration de la laine est obtenue par des teintures naturelles. On trouve le jaune safran, le bleu indigo, les variétés de rouge, mauve et orange tirées de la garance et les dégradés de brun à jaune provenant du henné.

Enfin, pour terminer, voici un éventail de conteneur en peau pour divers usages, très répandus naguère chez les Touaregs.

Outres en peau, Touareg, Maroc
Grand sac en peau crue de chameau (ahaǧa), outre pour baratter le lait et outre à eau (aǧivir) dans un campement touareg (Photo M. Gast) (h)

Les Berbères ont ainsi réuni les savoir-faire d'une bonne partie de l'Afrique, englobant le Maghreb, le Sahara et l'Afrique subsaharienne. Après des siècles de vie nomade, les Berbères restent les témoins d'un lointain passé quasiment disparu, d'une époque où l'Afrique brillait de mille feux, protégée par les éléments naturels, dont les océans, les massifs montagneux et les déserts infranchissables.


Sources:

- (1) « Sous Kanku Musa, l’empire du Mali s’étendait de l’Océan Atlantique à Takedda à l’est, de la zone forestière au sud aux salines de Teghezza. L’empire contrôlait alors les placers aurifères du Buré du Banbuk, de la Falémé et les salines du nord » Boubacar Séga Diallo, Université de Bamako, L’empire du Mali, 28 septembre 2007, Histoire de l’Afrique de l’Ouest

- (2) Mali : un pays riche en pétrole, en gaz et en mines d’or, Elisabeth Studer, Le Blog Finance, article

- (3) Recherches sur l'Empire du Mali au Moyen Age, Djibril Tamsir Niane, Recherches africaines . No. 1, janvier 1959. p. 6-56

- (4) Joseph M. Cuoq Recueil des sources arabes concernant l'Afrique occidentale du VIIIe au XVIe siècle (Bilad al-Sudan), Moniot Henri, Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1977, vol. 32, n° 2, pp. 332-333. Consulté le 24 août 2015

- (5) Histoire du naufrage et de la captivité de M. de Brisson, officier de l'administration des colonies : avec la description des déserts d'Afrique, depuis le Sénégal jusqu'au Maroc, Brisson, Pierre-Raymond de (1745-1820), Royez (Paris), 1789, Bibliothèque nationale de France

- (6) Journal d'un voyage à Temboctou et à Jenné dans l'Afrique centrale, René Caillié (1799-1838), Imprimerie Royale (Paris), 1830, Bibliothèque nationale de France, Tome 2


Crédits photos:

- (a) Caravane berbère, Caravane berbère, Blog Musique Arabe

- (b) Soundiata l’enfant Lion, Cie BuLuLu, Afrik'O'Bendy, Festival solidaire des cultures du monde

- (c) L'empire du Mali ( XIII e - XIV e siècles), Histoire géographie 5e, Chap. 6, L'empire du Mali, carte page 66, sous la direction de Émilie Blanchard, (consultable en ligne)

- (d) La grande mosquée, Djenné, Mali, La grande mosquée, Djenné, Mali, Gilles MAIRET, commons.wikimedia.org

- (e) Caravan (travellers) in United Arab Emirates, Caravan (travellers) in United Arab Emirates, سبأ, commons.wikimedia.org

- (f) Zagora, le panneau indiquant Tombouctou 52 jours, Zagora, le panneau indiquant Tombouctou 52 jours, tifoultoute, commons.wikimedia.org

- (g) Erg Chebbi, Erg Chebbi, Nomadz, commons.wikimedia.org

- (h) Outres en peau, Outres en peau, Encyclopédie Berbère

Les Berbères auraient découvert l’Amérique ? Diantre !

Cette notion "d'avoir découvert l'Amérique" est décidément bien étrange. On parle de l'Amérique comme d'un continent caché, un peu comme on aurait découvert une grotte cachée dans une vallée secrète au fin fond du Sahara. Bref, on s'est accaparé sa découverte, ce qui nous a autorisé à piller son or et contaminer sa population.

Les peuples autochtones des Amériques, comme les Guanches Berbères des îles Canaries, ont été exterminés en grande partie. On ne parle pas ici de génocides mais de conquêtes glorieuses dont on se vante dans les livres d'histoire, comme si l'on avait gagné la paternité pour la postérité.

Mégalithe, Cromlech de M'zora, Maroc
Remparts d'Assilah, Maroc, une ancienne cité carthaginoise (a) - JalilArfaoui

Fort heureusement, il existe des remparts contre les idées reçues, comme ici à Assilah.

L'Histoire a ceci de passionnant qu'elle est en mouvement permanent, bizarrement ... En effet, on pourrait croire que l'Histoire a été écrite une fois pour toute, ce serait logique, mais il n'en est rien.

Le téléphone arabe

Certains peuples ont laissé aux autres le soin d'écrire leur propre histoire. C'est le cas des Berbères. Leur histoire nous est (à priori) connue grâce aux livres anciens Grecs ou Romains. Lesquels nous ont d’ailleurs été transmis par les Arabes notamment, à l'époque d'Al-Andalus.

Lire l'article à ce sujet: Aux racines de l'artisanat marocain, Al-Andalus.

L'Histoire s'est transmise ainsi, au rythme des traductions et des interprétations, puis des retranscriptions officielles ... Un peuple doit donc écrire pour avoir une Histoire.

Pourtant, chacun sait que, au cours de notre histoire, plus de livres ont été brulés qu'il n'en a eu d'écrits. Malgré tout, les quelques pourcents de livres qui nous sont parvenus (entiers) suffisent amplement à connaitre l'Histoire et à n'en point douter.

Les Berbères, comme les Guanches des Canaries, n'ont pas écrit, mais c'est sans compter le téléphone arabe. Les légendes remontent, insidieusement diront certains, et se répandent plus vite que les livres.

Les légendes berbères

La légende a ceci de particulier qu'elle ne brule pas comme le papier, mais enflamme au contraire. Car comment ne pas s'enflammer en prenant connaissance des légendes Berbères.

Mégalithe, Cromlech de M'zora, Maroc
Monument Mégalithique, Cromlech de M'zora, Maroc (b) - aballouche, Flickr

Pour être tout à fait honnête, j'ignorais l'existence des légendes Berbères il y a encore quelques années. Aucun livre ni bande dessinée ne m'était tombé sous la main auparavant. Un vague souvenir me revenait d'une Sélection du Reader's Digest, me semble-t-il, lue à la pré-adolescence, évoquant Atlas.

Jusqu'à cette rencontre fortuite avec la tonalité si particulière du téléphone arabe, l'équivalent marocain de Wikipédia ... Alors que nous parlions de l'ensemble mégalithique de Stonehenge en Angleterre, un ami berbère nous signala qu'il y avait la même chose au Maroc non loin de Assilah, sur la cote Atlantique.

Une éminence de terre recouvrant une sépulture, appelée tertre funéraire, et un cercle de 167 monolithes constituent le site mégalithique de M'Zora, au Sud-est de Assilah au Nord-Ouest du Maroc (1). Selon la légende, il s'agirait de la tombe d'Antée. Les mythologies Berbère et Grecque s'en font l'écho.

Antée, Antaíos en Grec, était le fils de Gaïa (la Terre) et de Poséidon, le dieu de la Mer. Il aurait été un roi Libyen, donc Berbère, et son palais était situé à Lixus, sur la cote Atlantique marocaine. Cette ancienne cité carthaginoise est située près de Larache, à une quinzaine de kilomètres au Sud de sa tombe à M'zora, dans la Province de Tanger.

Antée, Divine Comédie, Dante
Antaeus, Gustave Doré, Divine Comedy, Inferno, by Dante Alighieri (c)

Dans la Divine Comédie, son œuvre majeure, Dante (1265-1321) explore l'Enfer, le Purgatoire et le Paradis, dans un voyage qui doit le mener à la vision de la Trinité (Le Père, le Fils et le Saint-Esprit). Dante doit traverser neuf cercles pour parvenir aux portes de l'Enfer. Il s'agit d'un poème constitué de 66 chants. Voici l'analyse détaillée du chant du neuvième cercle de l'enfer:

The ninth circle is ringed by classical and Biblical giants, [...]. The giants are standing on a ledge above the ninth circle of Hell, [...]. The giant Antaeus (being the only giant unbound with chains) lowers Dante and Virgil into the pit that forms the ninth circle of Hell
- Inferno Study Guide, The nine circles of Hell, Analysis of The Divine Comedy, Dante Alighieri (2)

Ce qui se traduit ainsi en français:

Le neuvième cercle est entouré par des géants classiques et bibliques, [...]. Les géants sont debout sur une corniche au-dessus du neuvième cercle de l'enfer, [...]. Le géant Antée (étant le seul géant non liée avec des chaînes) descend Dante et Virgile dans la fosse qui constitue le neuvième cercle de l'enfer.
- Inferno Study Guide, The nine circles of Hell, Analysis of The Divine Comedy, Dante Alighieri (2)

Voir l'illustration ci-dessus.

Ainsi, un Géant des mythologies antiques, d'origine Berbère (un Roi ?), serait à sa mort un gardien des portes de l'enfer, et sa tombe serait située sur la cote Atlantique du Maroc, non loin de son palais. (Antée a été tué par Héraclès, un demi-dieu, dans la mythologie).

Pour l'anecdote, le Cromlech de M'zora a reçu la visite d'un Général Romain nommé Quintus Sertorius (122 av. J.-C. - 72 av. J.-C.) lors de son épopée en Maurétanie où il conquit la ville de Tanger. Cet épisode est relaté par Plutarque dans son récit de la Vie de Sertorius :

Le texte est rédigé en vieux français, mais voici une version en français contemporain :

Les Libyens [les Berbères] disent que Antée est enterré non loin. Sertorius qui n'ajoutait pas foi à ce que les Barbares du pays disaient de la grandeur énorme de ce géant, fit ouvrir son tombeau, où il trouva, dit-on, un corps de soixante coudées [26,67 mètres !]. Étonné d'une taille si monstrueuse, il immola des victimes, fit recouvrir avec soin le tombeau, augmenta ainsi le respect qu'on portait à ce géant, et accrédita les bruits qui couraient sur son compte.
- La vie de Sertorius, Oeuvres de Plutarque, Volume 12, page 357, chap. XIII (3)

Ainsi naissent les légendes, les mythes Berbères rejoindront plus tard la mythologie romaine.

Tertre de M'zoraLe Tertre de M'zora est immense, de forme ovoïde, mesurant 54 mètres en largeur et 56 mètres en longueur. Il s'agirait bien de la sépulture d'un personnage très haut placé dans la mythologie berbère.

Si Antée, probablement un roi Berbère, fut un gardien des portes de l'enfer, dans la mythologie Grecque et Berbère, rappelons que les Guanches Berbères, peuple autochtone des îles Canaries, dans leur mythologie, placent l'enfer dans le volcan Teide sur l'île de Tenerife.

Dans un précédent article, nous avons vu qu'une analyse génétique avait démontré l'origine berbère d'une momie Guanche.

Le rituel de momification des Guanches était proche de celui pratiqué, environ 3000 ans avant J.C. dans l'ancienne Égypte antique, à ses débuts.

Or, le peuplement des îles Canaries par les Berbères Guanches serait intervenu environ 3000 ans avant J.C., lors d'une première vague d'immigration. Une deuxième vague aura lieu entre 500 et 200 ans avant J.C., lorsque les Carthaginois prendront possession des cotes marocaines de l'Atlantique ... Les bateaux carthaginois ont-ils suivi les bateaux Berbères des fuyards vers les îles Canaries pour connaitre le secret de la navigation dans l'Atlantique ? C'est fort probable.

Les ressemblances entre deux rituels, l'un ilien et l'autre continental, attestent que des voyages par mer ont bien eu lieu entre les rivages du Maroc et les îles Canaries. Entre les Berbères Libyques des rives du Nil et les Guanches Berbères des Canaries, 3000 ans avant J.C., par Bateau.

Figures de la mythification dans l’Espagne du xxe siècleLors d'un séminaire à Montpellier en 2005, Francisco Campuzano Carvajal (Agrégé d'espagnol et docteur en science politique. - Maître de conférences à Montpellier) présente les recherches qu'il a dirigée sur le thème des Figures de la mythification dans l’Espagne du xxe siècle.

Ci-contre: Couverture (d)

Dans "Les Guanches des Canaries : genèse d’un mythe identitaire", Mauricette Mazel (Université Paul Valéry - Montpellier III) donne une indication étonnante (4) :

De nombreux théoriciens se sont accordés, en effet, à affirmer que les archipels des Canaries et des Açores constituent les ultimes vestiges du continent englouti de l’Atlantide. D’ailleurs, pour de nombreux géographes, « les colonnes d’Hercule » de l’antiquité, correspondraient à ce que nous appelons aujourd’hui le détroit de Gibraltar.
- Les Guanches des Canaries : genèse d’un mythe identitaire, Les Mythes antiques, Mauricette Mazel, paragraphe 14 (4)

Cela nous ramène naturellement à Dante. Le chef d’œuvre de Dante s'inspire de l'Énéide, une épopée de Virgile (70 av. J.-C. - 19 av. J.-C.), qui s'inspire elle-même de l'Odyssée (L’Iliade et l'Odyssée) de Homère (environ 700 av. J.-C.).

Dans l'Odyssée, Homère évoque les 12 travaux de Héraclès (Hercule). Le onzième des travaux de Héraclès consiste à aller ramasser des fruits d'or que Zeus veut offrir à Hera en cadeau de mariage. Il s'agit des pommes d'or du jardin des Hespérides. Héraclès devra se rendre là où Hera a planté son jardin divin, dans le Royaume de Atlas, là où les chevaux du char du Soleil achèvent leur randonnée en se couchant à l'ouest de l'océan Atlantique.

Héraclès va traverser l'Hispanie, enjamber le détroit de Gibraltar, pour venir quémander de l'aide à Atlas, le seul à pouvoir l'aider. Atlas va se rendre dans le jardin des Hespérides et rapporter les fruits à Héraclès (5).

Le cartographe français, Gilles Robert de Vaugondy, place sur une de ses mappemondes, les îles Hespérides dans la région des Antilles. Selon cette hypothèse, la pomme d'or pourrait être l'ananas, seul fruit à la couleur dorée poussant dans cette région du monde.
- Pommes d'or du jardin des Hespérides, Wikipédia (5)

Mappemonde de Gilles Robert de Vaugondy
Mappemonde de Gilles Robert de Vaugondy (1752) indiquant l'Atlantis Insula (Amérique)
ainsi que les îles Hespérides situées aux Antilles. (e) - http://maps.bpl.org

Voir la mappemonde agrandie (L'Atlantis Insula (Amérique) et les îles Hespérides sont placées sur la mappemonde de gauche).

Dans le précédent article, Les Berbères au temps des Carthaginois, nous avons vu que les Berbères auraient porté à la connaissance des Grecs le Dieu de la Mer Poséidon. On peut alors songer que la légende des pommes d'or du jardin des Hespérides pourrait aussi être un emprunt des Grecs à la Mythologie Berbère. Précisons que Héraclès exécute les 12 travaux pour accéder à l'immortalité. (5)

Or, le jardin des Hespérides est situé dans l'Atlantique, le Royaume de Atlas, réservé aux immortels. De plus, Héraclès demande son aide à Atlas car il ignore où se trouve le jardin divin. Ce secret était-il sous la responsabilité des Berbères et connu de eux seuls ?

Allons encore un peu plus loin, dans la symbolique du jardin des Hespérides, le jardin divin :

Le jardin des Hespérides grec possède des affinités avec le concept chrétien du jardin d'Éden, et à partir du XVIe siècle, l'association totale sera évidente, notamment dans le tableau de Luc Cranach (voir illustration).
- Éden, Wikipédia (6)

The Fall of Man by Lukas Cranach
The Fall of Man by Lukas Cranach (f)

L'association du jardin des Hespérides avec le jardin d’Éden va t-elle devenir une évidence au XVIe siècle, suite au voyage de Christophe Colomb à la fin du XVe siècle ?

Doit-on en conclure que les Berbères étaient à la fois les gardiens des portes de l'enfer, (Antée qui descend Dante et Virgile dans le neuvième cercle de l'enfer), et les gardiens des clés du Paradis, étant les seuls à connaitre l'emplacement du jardin des Hespérides et le moyen de s'y rendre ?

On est ici dans le domaine des Mythologies antiques, mais on peut s’interroger sur l'origine de ces légendes et se demander quels rôles ont réellement tenu les Berbères dans l'Antiquité.

On l'a vu également, des historiens et des géographes établissent des parallèles entre la mythologie, l'histoire et les lieux géographiques (Massif de l'Atlas, Détroit de Gibraltar, îles Canaries, Tertre de M'zora, etc.).

Et que fait la tombe de Antée, l'un des gardiens des portes de l'enfer, adossée sur les flancs de Atlas, qui lui semble détenir les clés du Paradis ?

La Génétique est formelle, les Guanches des îles Canaries sont d'origine Berbère. Et les vagues de migrations successives des Berbères du Nord-Ouest de l'Afrique vers les îles Canaries démontrent une réelle maitrise de la navigation dans l'Atlantique depuis près de 5000 ans ... Il est alors probable que des embarcations, à plusieurs reprises, prises dans la tempête, auront été portées par les courants marins Équatoriaux. Quelques-unes d’entre-elles seront ainsi parvenues jusqu'aux Antilles.

Au sujet des courants marins de l'Atlantique, lire l'article L'étonnante histoire du Berbère Pinzón (suite) (avec cartes et schémas).

On comprend alors pourquoi des historiens et des géographes ont osé tisser une trame entre la mythologie et la réalité. Au point que la Découverte des Amériques par Christophe Colomb est devenue une légende à son tour.

Auteur: Pascal Guillermard


Cet article a été repris dans son intégralité sur le blog de Merlin. Un blog qui pose de nombreuses questions, et où chacun apporte ses propres réponses. Les sujets abordés sont variés. L'information est libre, un peu comme une presse du monde libre.


Sources:

- (1) Sites Préhistoriques, Tertre de M'zora, Ministère de la culture, Rabat, Maroc

- (2) Inferno Study Guide, The nine circles of Hell, Analysis of The Divine Comedy, Dante Alighieri

- (3) Œuvres de Plutarque, Plutarque, Jacques Amyot, Antoine Allègre, Gabriel Brotier, Étienne Clavier, Jean-François Vauvilliers, Volume 12, page 357, chap. XIII.

- (4) Les Guanches des Canaries : genèse d’un mythe identitaire, MAZEL, Mauricette, Les Mythes antiques, paragraphe 14, In: Figures de la mythification dans l’Espagne du xxe siècle [en ligne]. Montpellier : Presses universitaires de la Méditerranée, 2007 (généré le 22 août 2015). Disponible sur Internet : . ISBN : 9782367810874..

- (5) Pommes d'or du jardin des Hespérides, Wikipédia

- (6) Éden, Wikipédia


Crédits photos:

- (a) Remparts d'Assilah, Maroc, JalilArfaoui, commons.wikimedia.org

- (b) Mégalithe, Cromlech de M'zora, Maroc, aballouche, Flickr

- (c) Inferno Canto 31, Gustave Doré - Inferno Engravings of nude males Antaeus, Antaeus, Public domain, commons.wikimedia.org

- (d) Couverture du livre, Figures de la mythification dans l'espagne du XXe siecle, Francisco Campuzano Carvajal, Cultura

- (e) Mappemonde de Gilles Robert de Vaugondy (1752), maps.bpl.org

- (f) The Fall of Man by Lukas Cranach, commons.wikimedia.org, Public Domain

Le tapis Beni Ouarain, la légende des Berbères se poursuit ...

Tapis Beni Ouarain de légendeLes tapis Beni Ouarain marocains ont eux aussi acquis une réputation au delà des frontières du Maroc. Ils sont devenus une véritable légende en pénétrant dans le cercle très fermé des décorateurs d'intérieur de renommée internationale (Cliquer ici pour découvrir l'univers des tapis Beni Ouarain dans la mode d'intérieur).

Ce dossier spécial, consacré à ces tapis de légende, sonne comme un voyage étourdissant et majestueux dans l'univers si prisé des Berbères. Les auteurs grecs puis romains n'ont pas manqué de signaler, parfois de manière impromptue, les légendes étonnantes de ces peuples de l'Atlas, localisés loin à l'ouest des rives du Nil, là où se dressent les colonnes d'hercules. Un monde peuplé de bêtes sauvages que ni les Romains ni les Grecs n'avaient osé pénétrer. Un monde fermé aux étrangers par la seule loi de la nature. Quand les premiers explorateurs européens s'engageront dans ces lieux de mystères, ce sera avec une grande peur mais aussi avec beaucoup de curiosité.

Ce blog fait la part belle aux périodes anciennes qui ont vu s'épanouir la civilisation berbère. Ce passé resté intact, tout comme la culture berbère, aura surnagé aux invasions puniques, romaines, vandales et arabes. Nul n'aura été capable d'anéantir l'aura des Berbères. Leur culture comme leur savoir-faire inaugure chaque période clé de son histoire en s'inspirant des autres cultures sans jamais se départir de son originalité et de son essence tribale. Dans ce contexte culturel âprement maintenu et défendu pendant des millénaire, le tapis Beni Ouarain apparait comme un témoin d'un passé particulièrement riche et authentique.

Les Berbères au temps des Carthaginois

Lorsque la Faculté de Biologie de Tenerife publie en 2003 un article sur l'origine Berbère des aborigènes des îles Canaries, c'est tout un monde mythique qui refait surface.

Lire l'article à ce sujet: L'étonnante histoire du Berbère Pinzón (suite).

Pic de Teide, îles Canaries
Le Pic de Teide, vu depuis l'île de La Palma, îles Canaries (a) - © Dominic Dähncke

Les îles Canaries sont situées dans l'atlantique au large des cotes marocaines, à environ 150 km de Tarfaya et du cap Juby. Tenerife est la plus grande et la plus peuplée des îles Canaries. Elle abrite le pic de Teide qui culmine à 3718 mètres, visible en haut sur cette photo.

Les Guanches Berbères des îles Canaries

Le Pic de Teide est en fait un volcan, c'est même le troisième plus grand volcan du monde à sa base. En 1910, René Basset, alors Directeur de l’École Supérieure des Lettres d’Alger, spécialiste des langues Berbères et Arabes, écrivait :

Aux Canaries, le pic de Teyde, où était l’enfer (Echeyde) était habité par un démon du nom de Guayota ou Huayota ; celui de Palma se nommait Irnene.
- Recherches sur la religion des Berbères, René Basset, 1910, page 5, (1)

Guayota est un démon dans la mythologie des Guanches. Les Guanches sont les premiers habitants des îles Canaries et sont d'origine Berbère. Guayota habite donc l'enfer (Echeyde) qui se trouve à l'intérieur du volcan Teide pour les Guanches.

Pic de Teide, îles Canaries
Le Pic de Teide, recouvert de neige, îles Canaries (b)

René Basset évoque ici la mythologie Berbère et la fascination qu'opéraient sur eux les pics et massifs montagneux. C'est encore le cas avec le Massif de l'Atlas, territoire des Berbères depuis l'Antiquité. Dans la mythologie grecque, Atlas le Titan soutient le Monde. Chez les Guanches de Tenerife, d'origine Berbère, dieu s'appelait "Atguaychafunataman", ce qui signifierait "celui qui soutient les cieux". Ce nom semble plutôt correspondre au massif de l'Atlas, bien que la légende soit celle des Berbères des îles Canaries. Il faut rappeler ici que les groupes Berbères pouvaient s'approprier des légendes et les raconter avec les noms de leurs propres dieux. Comme le faisait d'ailleurs chaque groupe ethnique d'une civilisation.

Poséidon, un dieu d'origine Berbère

Il semblerait que chez René Basset, la présence des Berbères sur les îles des Canaries ne fasse aucun doute. Les Berbères auraient donc rejoint les îles Canaries par bateaux depuis les cotes marocaines dès l'antiquité. D'ailleurs, René Basset révèle le lien historique des Berbères avec la mer. (À l'époque des invasions phéniciennes, 800 ans avant J.C., les peuples du nord de l'Afrique étaient alors désignés par le terme Libyens) :

Hérodote (Histoires . l. II, ch. 50) nous dit que ce sont les Libyens qui ont révélé Poséidon ; que nul avant eux n’avait prononcé son nom et qu’ils l’avaient toujours honoré comme un Dieu.
- Recherches sur la religion des Berbères, René Basset, 1910, page 23, (1)

Les Berbères auraient ainsi porté à la connaissance des Grecs le Dieu de la mer Poséidon selon Hérodote, historien grec du Vè siècle avant J.C.. Rappelons que le domaine de Poséidon, le Dieu de la mer, était l'Atlantique, connu seulement des Berbères à cette époque.

Poséidon, Dieu de la mer
Poséidon, Dieu de la mer représenté avec son triton (c)

L'Historienne et conférencière Renée-Paule Guillot le souligne dans son livre sur les Cathares:

Des Berbères, des nomades, [...] Mais leur pivot est resté depuis 3000 ans le Hoggar, avec les contreforts de l'Atlas, royaume du dieu Poséidon. Celui-ci est né comme A-thy-na (Athénée) en Libye et les Anciens désignent son empire sous le nom d'Atlantide, en référence à l'Atlas que soutient sur ses épaules un géant du même nom.
- Le défi cathare, Renée-Paule Guillot, 1998, page 166, (2)

Dans son livre, Renée-Paule Guillot fait référence à la dame Blanche africaine, l'A-thy-na-Tritonide. En effet, dans la mythologie Berbère, il est fait mention de l'ancien royaume berbère appelé Royaume Tritonide ... près du lac Triton, au bord duquel serait née A-the-na (3).

Décidément, les Berbères occupent une place de plus en plus centrale dans les mythologies antiques, et toujours en lien avec le mer et l'océan, à l'image de Poséidon représenté avec son triton.

Il semblerait ainsi que la présence des Berbères sur les îles Canaries remontent à quelques siècles avant J.C., et qu'ils occupaient peut-être déjà les lieux lors du voyage de Hannon.

Le périple de Hannon

Vers le Vè siècle avant J.C., le navigateur carthaginois Hannon fut chargé par Carthage d'explorer les cotes atlantiques de l'Afrique du Nord, au delà des colonnes d'Hercule, et d'y installer des colons. Carthage était une cité bâtie en 814 av. J.C. dans le golfe de Tunis par les Phéniciens de Tyr sur les terres des Berbères. Les Carthaginois étaient donc un mélange de Berbères et de Phéniciens.

Djebel Musa, Maroc
Le Djebel Musa, Maroc, vu depuis le rocher de Gibraltar, les 2 colonnes d'Hercule (d)

Le récit original de ce périple, rédigé en langue punique, n'a pas été retrouvé. Mais le texte grec qui le reprend serait la traduction d'un texte phénicien qui a été gravé sur des plaques dans le temple de Kronos. Beaucoup d'historiens considèrent que ce texte contient des anomalies, alors que d'autres considèrent qu'il s'agit d'un faux. D'autres enfin pensent que ce texte est une compilation de récits antiques relatant plusieurs voyages par mer le long des cotes actuelles du Maroc.

Le périple de Hannon
Le périple de Hannon (supposé) (e)

Cette dernière hypothèse est reprise dans l'encyclopédie en ligne Imago Mundi créée par le journaliste scientifique et vulgarisateur Serge Jodra (4):

Mais, comme on va vite le constater, quelles que soient les options que l'on adopte, des anomalies subsistent toujours. Il y a d'abord les exagérations : soixante vaisseaux et 30 000 hommes, cela semble beaucoup. [...] De fait, le récit est d'évidence celui de plusieurs voyages, avec des objectifs différents.
- Le Périple d'Hannon, Serge Jodra, Encyclopédie en ligne Imago Mundi (4)

Une hypothèse que l'on retrouve dans le livre de Colette JOURDAIN-ANNEQUIN, Professeur en Sciences humaines et humanités à l'Université Pierre Mendès-France à Grenoble, à propos des sources multiples de ce récit:

Il a pu exister plusieurs sources dès l'origine punique; des éléments divers y sont incorporés "si bien que nous ne pouvons discerner si il s'agit d'un mélange originel ou d'une contamination occasionnelle."
- Héraclès aux portes du soir: mythe et histoire, Colette JOURDAIN-ANNEQUIN (5)

Que le carthaginois Hannon ait pu faire ce voyage ou non, il n'en reste pas moins que les Carthaginois ont de tout temps été considérés comme de grands navigateurs et comme étant les premiers à s'aventurer dans l'océan Atlantique.

Tarfaya, Cap Juby
Tarfaya, Cap Juby, Maroc, en face des îles Canaries (f)

On peut dès lors s'interroger sur la part de vérité du récit de son voyage, et faire le lien avec les Berbères. Les emprunts de ce récit ne proviendraient-ils pas des Berbères, qui connaissaient déjà la navigation dans l'Atlantique, au point d'avoir posé le pied sur les îles Canaries ?

Bateau PhénicienEn tous cas, il parait difficile d'imaginer que les Carthaginois n'ont pas bénéficier des connaissances des Berbères en terme de navigation, alors même qu'ils avaient édifié une colonie sur les terres des Berbères.

Ci-contre: Un bateau phénicien, Khorsabad, VIIIe siècle avant J.C. (g)

Ci-dessous: Un bateau de commerce carthaginois, après la fondation de Carthage en terre Berbère par les Phéniciens. On remarque une évolution de la forme du bateau, et l'apparition des voiles.

Un bateau de commerce carthaginois
Un bateau de commerce carthaginois avec ses voiles (h)

Sans être un spécialiste de la navigation, ni prétendre que cette évolution des bateaux carthaginois soit le fait des Berbères, on ne peut s'empêcher de songer que ce bateau carthaginois était certainement plus apte à voguer sur les flots tumultueux de l'océan Atlantique que les bateaux phéniciens inspirés des galères.

Et si le périple d'Hannon n'était au fond qu'une compilation de récits Berbères recueillis par les Phéniciens, et que ces derniers auraient voulu s'en accorder la paternité ? On sait que les Berbères n'ont pas laissé de traces écrites au cours de leur histoire. Une lacune que les Carthaginois auraient comblé en partie, s'appropriant ainsi les connaissances de la navigation des Berbères.

Et si les frères Pinzón avaient tenu le même rôle auprès de Christophe Colomb, 2000 ans plus tard, en lui prodiguant de précieux conseils ? Leur origine Berbère n'est pas attestée, mais ils ont grandi en Andalousie, au XVè siècle, alors occupée par les Maures, un mélange de Berbères et d'Arabes.

Christophe Colomb
Christophe Colomb pose le pied en Amérique, 1492 (i)

Il parait évident que les Berbères avaient une longue tradition de la navigation dans l'Atlantique. N'oublions pas que Christophe Colomb avait d'abord pris la direction plein Ouest en quittant l'Espagne. Ce sont les frères Pinzón, commandant la Pinta et la Nina, qui l'avait réorienté vers les îles Canaries, à une époque où les Européens étaient censés de pas connaitre les secrets de la navigation dans l'océan Atlantique. Pour leur faire profiter des courants marins favorables en vue d'une traversée de l'Atlantique ? Et d'où les frères Pinzón auraient-ils tenu cette information si ce n'est auprès des Maures ? Car les Berbères connaissaient très bien les courants marins des îles Canaries ...

Dans ce cas, les Européens, comme les Carthaginois 2000 ans plus tôt, se seraient appropriés les mérites des Berbères, les premiers déclarant haut et fort avoir découvert l'Amérique ...

Dans un prochain article, nous explorerons l'histoire de Juba II, un roi berbère qui a fait état de voyages des Berbères sur les îles Canaries dans l'Antiquité. Il nous restera aussi à approfondir les preuves de la présence de sang berbère chez les habitants originels des Amériques. Et que dire des karaques maures, les "petits bateaux des Sarrasins", les ancêtres probables des caravelles de Christophe Colomb ?

Cette saga des Berbères, présents dans toutes les aventures des marins ayant parcouru l'océan Atlantique depuis l'Antiquité jusqu'au XVè siècle et Christophe Colomb, a commencé un soir de juillet 2015, sous une chaleur écrasante, à Marrakech, avec cet article : Aux racines de l'artisanat marocain, Al-Andalus. Où l'on découvre que les artisans marocains sont les dépositaires du fabuleux héritage hispano-mauresque d'Al-Andalus. Un héritage culturel qui a transformé l'Occident chrétien durant le haut Moyen-Âge ...

Au total, ce sont six articles (à ce jour) à découvrir sur l'incroyable épopée du peuple Berbère depuis l'Antiquité. Au Maroc, où les Marocains et Marocaines sont si fiers d'énoncer leurs origines à la fois Berbères et Arabes, il reste l'architecture et l’artisanat comme les dernières traces éternelles du peuple Berbère.

Ah j'oubliais, il reste les Berbères eux-même en personne ... Que Atlas le Titan et la reine berbère Athena Tritonis, la gardienne et protectrice, les protègent.

Car Atlas a été condamné à porter la voute céleste sur ses épaules, sans coussins pour les protéger du mal, par Zeus qui le vainquit lors de la guerre des Titans contre les Dieux de l'Olympe. Les Cyclopes donneront comme arme le Trident à Atlas et la Foudre à Zeus ...


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Sources:

- (1) Recherches sur la religion des Berbères, René Basset, Revue de l’histoire des religions, Paris, 1910, 57 pages

- (2) Le défi cathare, Renée-Paule Guillot, Lanore, 1998, 234 pages

- (3) Athéna, déesse libyenne de Tritonie, Mythologie Berbère

- (4) Le Périple d'Hannon, Encyclopédie en ligne Imago Mundi, Serge Jodra.

- (5) Héraclès aux portes du soir: mythe et histoire, Colette JOURDAIN-ANNEQUIN, Annales littéraires de l'Université de Besançon, 1989, 729 pages.


Crédits photos:

- (a) Le Pic de Teide, Galerie de photos, Dominic Dähncke, Photographe

- (b) Le Pic de Teide enneigé, Pepelopex, commons.wikimedia.org

- (c) Poseidon God of the Sea, Poseidon God of the Sea, by Darkness84

- (d) Vista de la orilla africana del estrecho de Gibraltar desde España, Vista de la orilla africana del estrecho de Gibraltar desde España, jose rambaud, commons.wikimedia.org

- (e) Le périple de Hannon, Le périple de Hannon, Encyclopédie en ligne Imago Mundi

- (f) Tarfaya, Cap Juby, Maroc, Tarfaya, l’un des joyaux de la côte atlantique marocaine!, Anas, Blog Bab Firdaus

- (g) Un bateau phénicien, Carthage, rivale de Rome, Jean-François Zilberman, Herodote.net

- (h) Un bateau de commerce carthaginois, Un bateau de commerce carthaginois, Carthage

- (i) Christophe Colomb, Christophe Colomb, «Terre ... !», CityStories

L'étonnante histoire du Berbère Pinzón (suite)

Est-ce la naissance d'une saga estivale ?

L'Histoire des Berbères est en effet un voyage fascinant. Elle nous amène à évoquer des civilisations aujourd'hui disparues, aux noms restés gravés dans nos mémoires. Les Carthaginois, les Phéniciens, les Égyptiens, les Romains, les Maures, les Grecs, des peuples qui ont été relégués en marge des manuels d’histoire scolaires.

C'est peut-être pour cela que ces noms ont une résonance particulière. On se souvient les avoir vaguement entendus, à l'école primaire, à un âge où l'on imagine l'histoire à la seule contemplation d'une image dans un livre.

Bateaux de Christophe Colomb
Dessin: La Niña, la Pinta et la Santa Maria (a)

Ce voyage dans le passé des Berbères nous a d’abord amené en Andalousie au Moyen-âge, à l'architecture hispano-mauresque.

Lire l'article: Aux racines de l'artisanat marocain, Al-Andalus.

Il s'est poursuivi en Égypte, du temps des Pharaons, où les Berbères fréquentaient les rives du Nil. Le Pharaon de la XXè Dynastie Égyptienne était d'origine berbère, attestant de la présence berbère dans le delta du Nil dès l'Antiquité.

Lire l'article: Un Berbère Pharaon d’Égypte, vraiment ?.

Quelques siècles plus tard, les Berbères seront assimilés à des Maures ou à des Sarrasins. Ils seront identifiés comme ceux qui viennent d'Andalousie. En se remémorant le drapeau emblématique de la Corse et sa tête de Maure, ou le Massif des Maures dans le Var, le passé marin des Berbères ressurgit.

Lire l'article: Quand les Berbères prenaient la mer.

Les Maures, un mélange de Berbères et d'Arabes, occupent le sud de l'Espagne dès l'an 711 et y resteront près de 800 ans. Ils maintiendront leur présence en Andalousie à Grenade. La chute du Royaume de Grenade en 1492 coïncidera avec le départ de Christophe Colomb pour les Amériques.

La Santa Maria, Andries van Eertvelt
La Santa Maria, Andries van Eertvelt (b)

Selon un article du journal Le Point paru en 2012, les capitaines de la Niña et de la Pinta, les frères Pinzón, étaient d'origine Berbère ...

Lire l'article: L'étonnante histoire du Berbère Pinzón.

Après quelques recherches, il s'avère difficile de trouver des références en français ou en espagnol de l'origine berbère des frères Pinzón. Rien ne semble indiquer que cette famille puisse avoir du sang berbère.

Quoiqu'il en soit, en 1492, cette famille de marins étaient installée au moins depuis deux générations à Palos de la Frontera en Andalousie. C'est dans ce petit port appelé Huelva aujourd'hui, que les frères Pinzón ont rencontré Christophe Colomb avant son départ. Ils lui fourniront deux caravelles, la Niña et la Pinta.

Mediterranean Coast Scene, Gaspar van Eyck
Mediterranean Coast Scene, Gaspar van Eyck (c)

Palos de la Frontera est située à une cinquantaine de kilomètres de Séville, dans le golfe de Cadix. Après 800 ans d'occupation Maure, on peut raisonnablement penser que le métissage a été généralisé. Mais au delà des liens du sang, il semblerait que les frères Pinzón ont pu apporter de précieuses connaissances de la navigation à Christophe Colomb.

Des révélations étonnantes

Gaston Cauvet En 1930, Gaston Cauvet, un ethnologue français, publia un livre intitulé "Les Berbères en Amérique" (1). Il était alors Commandant, Attaché aux affaires indigènes en Algérie. Ancien chef de l'annexe d'In-Salah.

Son livre aborde la nomenclature et l'examen des tribus homonymes des deux rives de l'Atlantique. Il examine également la part des Berbères dans le peuplement de l'Amérique.

Bien qu'il soit difficile de trouver des extraits du livre de Gaston Cauvet, on peut comprendre que l'examen de l’homonymie des tribus Américaines et Berbères l'a conduit à admettre la présence de Berbères sur le sol américain. Ces tribus anciennes existaient probablement à l'arrivée de Christophe Colomb en Amérique. Cela indiquerait alors que des Berbères auraient traversé l'Atlantique avant le XVè siècle.

Des cotes marocaines au Brésil et aux Caraïbes

Mais alors, comment des Berbères auraient-ils entrepris la traversée de l'Atlantique en bateau ? La réponse nous est apportée par Armand de Quatrefages, (1810-1892), biologiste, zoologiste et anthropologue français.

Races humaines, Armand de QuatrefagesDans son livre Histoire générale des races humaines. Introduction à l'étude des races humaines, publié à Paris en 1889, Armand de Quatrefages apporte un élément de réponse. (2)

Les courants marins au large de l'Afrique peuvent faire traverser l'océan à des embarcations longeant les cotes africaines. Il cite l'exemple qui lui a été rapporté d'une embarcation venue d'Afrique et ayant accosté aux Antilles:

« En décembre 1731, une barque chargée de vin des Canaries abordait à Port d'Espagne dans l'île de la Trinité (Antilles). Le passeport de la douane indiquait que cette barque était partie de Tenerife à destination de Palma ou de Gomera. Une tempête l'avait surprise et écartée de sa route. Puis, entrainée par les courants, elle avait traversé l'Atlantique et était arrivée aux Antilles. »
— Armand de Quatrefages, extrait de Histoire générale des races humaines. Introduction à l'étude des races humaines, Paris, 1889, page 554.

Palma, îles Canaries
Cote nord de La Palma, îles Canaries (d) - © Luc Viatour / www.Lucnix.be

Tenerife est une île faisant partie des îles Canaries. Elle sont situées dans l'Atlantique à une centaine de kilomètres des cotes marocaines, au large de Tarfaya à l'extrême sud du Maroc.

Les îles Canaries
La Palma, La Gomera, Tenerife, à l'ouest des îles Canaries (e)

Palma et Gomera, où devait se rendre cette barque, sont des îles voisines situées à l'ouest de Tenerife dans l'archipel des Canaries.

Carte océan atlantique
Les îles Canaries dans l'Océan Atlantique (repère rouge) - [Capture] © Google Maps

Dans cette région de l'Atlantique, le courant marin des Canaries va du nord au sud, en dérivant vers le sud-ouest vers le Sénégal pour ensuite prendre la direction de l'ouest. (voir carte suivante)

Carte des courants marins
Carte des courants marins entre l'Afrique et l'Amérique (f)

Il se mêle au courant Nord Équatorial et débouche sur les Caraïbes et le golfe du Mexique.

Zone de convergence intertropicale
Zone de convergence intertropicale ou Pot-au-noir (g)

Ce courant est situé au nord de la zone de convergence intertropicale. Cette ceinture de quelques centaines de kilomètres d'épaisseur se caractérise par des orages violents ou des zones de calme. Les marins appellent cette zone Pot-au-noir.

Un bateau à la dérive, après avoir essuyé une tempête, peut être entrainé dans cette zone, et en ressortir par le courant Sud Équatorial. Il sera porté soit vers les cotes du nord du Brésil ou vers la mer des Caraïbes (Trinidad & Tobago), soit vers les cotes du sud du Brésil. (voir la carte des courants marins en Atlantique)

Ile de la Trinité
L'île de la Trinité au sud de l'archipel des Caraïbes (h)

L'île de la trinité appartient aujourd'hui à la République de Trinidad & Tobago. Ces deux îles sont situées à proximité des cotes du Venezuela, séparées du continent par le Colombus Channel, du nom de Christophe Colomb.

Si une barque emportée par la tempête aux îles Canaries parvient au final à accoster sur l'île de la Trinité en 1731 (emportée par le courant Sud Équatorial), ce pourrait-il qu'une embarcation ait connu le même sort avant le XVè siècle ? En d'autres termes, les bateaux de l'époque étaient-ils en mesure de franchir de telles distances ? Et qui étaient les occupants de ces îles ?

Étranges coïncidences sur les îles Canaries ...

En 2000, des études génétiques ont eu lieu sur les momies Guanches. (3) Elles révèleront que la population pré-hispanique des îles Canaries étaient d'origine Berbère d'Afrique du Nord-Ouest, c'est à dire du Maroc. Ces études ont été menées par le Département de génétique de l'Université de La Laguna, à Tenerife.

Voici un extrait en anglais tiré du résumé de l'article relatant cette étude, publié sur l'European Journal of Human Genetics en septembre 2003:

« Comparisons with other populations relate the Guanches with the actual inhabitants of the Archipelago and with Moroccan Berbers. »
Departamento de Genética, Facultad de Biología, Universidad de La Laguna, Tenerife, Spain. Abstract of Ancient mtDNA analysis and the origin of the Guanches, European Journal of Human Genetics (2004)

En voici la traduction en français:

« Les comparaisons avec d'autres populations rattachent les Guanches avec les actuels habitants de l'Archipel (des Canaries) et avec les Berbères Marocains. »
Departamento de Genética, Facultad de Biología, Universidad de La Laguna, Tenerife, Spain. Abstract of Ancient mtDNA analysis and the origin of the Guanches, European Journal of Human Genetics (2004)

Les îles Canaries, que les grecs et les Romains situaient à la limite du Monde connu, étaient également connues des Phéniciens et des Carthaginois. Elles étaient donc connues des Berbères et des Arabes qui connaissaient très bien les Phéniciens et les Carthaginois ...

Un autre indice troublant vient corroborer, ou tout au moins renforcer l'idée d'une origine Berbère des populations autochtones des îles Canaries.

Dans un précédent article ( Un Berbère Pharaon d’Égypte, vraiment ? ), nous avons évoqué la réputation des Berbères d'Afrique du Nord pour leurs pourpres, signalée dans les textes anciens Grecs et Romains. Nous avons alors songé aux pourpres tirés d'un céphalopode marin appelé Murex.

Une nouvelle origine de ces pourpres pourrait très bien venir des îles Canaries. En effet, le Roccella tinctoria, un lichen aussi appelé pourpre française est originaire des îles Canaries. Ce lichen fournit des pourpres de très grande qualité ...

Les tisserands de Grainville-la-Teinturière ont bâti leur fortune et leur réputation grâce à un colorant issu d'un lichen (l'orseille Roccella tinctoria). C'est le fils du propriétaire actuel du Château La salle qui l'affirme (4).

Ce château est situé dans la vallée du Ciron en Gironde. Or il se trouve qu’un aïeul, le Seigneur de la salle, nommé Gadifer, a accompagné Jean de Béthencourt, chambellan du roi Charles VI, lors de sa première expédition visant à conquérir les îles Canaries en 1402. L'un des objectifs de cette expédition, outre la conquête des îles Canaries, était d'obtenir le monopole du commerce de la pourpre des Berbères ...

Dans le texte narrant cet épisode (4), il est dit:

« Béthencourt est originaire de la ville de Grainville-la-Teinturière, ville du pays de Caux dont les tisserands font usage de l'orseille, lichen qui donne une belle teinture tirant sur le violet. L'orseille ou lichen rocella est une mousse qui vit sur les pierres et rochers des îles Canaries.. Cela donnerait à Béthencourt le monopole de l'exploitation et source de revenus financiers. »
— Le château La Salle, 2012

Plus énigmatique est ce qui suit:

« Les îles Canaries sont connues depuis l'antiquité, et l'exploitation de l'orseille connue des romains. L'ancien nom des îles Canaries : les îles fortunées du fait de la richesse de la végétation, ces îles n'avaient jamais été conquises ou revendiquées. »
— Le château La Salle, 2012

La pourpre de Gétulie

En effet, les Romains connaissaient très bien les Carthaginois, qui connaissaient très bien les Berbères, puisque les Carthaginois étaient une colonie phénicienne en terre Berbère. Et tous connaissaient la réputation des pourpres Berbères, notamment les Romains.

Dans la Rome antique, on célébrait la fête des Lupercales. L'un des poèmes dits par les Luperques à l'occasion de cette fête antique se nomme Faunus, Hercule et Omphale et la nudité des Luperques (5).

Vers 2317 à 2319:

...

Tandis que ses serviteurs préparent repas, vins et boissons,

elle revêt l'Alcide de ses propres atours.

Elle lui tend ses tuniques légères, teintes de pourpre de Gétulie,

...

Faunus, Hercule et Omphale et la nudité des Luperques (2,303-358),
Ovide, poète latin (43 av. J.-C. – 17), Les Fastes, Recueils de poésie


La Gétulie désigne l'ère de répartition des Berbères d'Afrique du Nord. La pourpre de Gétulie, dans l'Antiquité, citée par ce poète latin, est la pourpre Berbère.

L'Histoire face à la Science

La Science, vénérée des anciens, remet souvent de l'ordre dans les conceptions et vérités historiques. C'est encore le cas ici lorsque le Département de Génétique d'une faculté de Biologie (Tenerife, Espagne) nous révèle que les populations autochtones des îles Canaries, ( depuis l'Antiquité ? ), ont des gènes communs avec les Berbères du Maroc (3).

Le texte du Château La salle contient une mention étrange: ... ces îles n'avaient jamais été conquises ou revendiquées, (en 1402).

Depuis l'Antiquité, les îles Canaries étaient pourtant occupées par des autochtones d'origine berbère venant du Maroc ...

Ce que ne dit pas l'auteur, c'est que cette expédition sera un échec relatif. Seules trois îles des Canaries seront conquises, l'île Lanzarote et les îles Fuerteventura à l'Est, et l'île El Hierro, la plus petite, au Sud.

Pour les autres îles ... :... Béthencourt, qui avait pour but la christianisation des îles, parvint à s'établir à Lanzarote, puis à Fuerteventura et à El Hierro. Il fut reconnu "roi des Canaries" par Henri III de Castille, mais ne mit jamais pied sur les autres îles, beaucoup plus peuplées et dont les habitants étaient de farouches guerriers.
Îles Canaries, Wikipédia (6)

Les autres îles sont la Grande Canarie, Tenerife, Gomera et Palma occupées par de farouches guerriers Berbères.

Suite au prochain épisode ... : Les Berbères au temps des Carthaginois.


Sources:

- (1) Les Berbères en Amérique, Cauvet Gaston (1860-1950), Alger, 1930, 455 pages - ABES / OCLC.

- (2) Histoire générale des races humaines. Introduction à l'étude des races humaines, Armand de Quatrefages (1810-1892), Paris, 1889, 694 pages - archive.org, Université de Toronto.

- (3) Ancient mtDNA analysis and the origin of the Guanches, Departamento de Genética, Facultad de Biología, Universidad de La Laguna, 38271 Tenerife, Spain - in Nature, European Journal of Human Genetics (2004) 12, 155–162. doi:10.1038/sj.ejhg.5201075 Published online 24 September 2003.

- (4) Le château La Salle, Pujols sur Ciron, Gironde. - vallee-du-ciron.com, Olivier Poissant.

- (5) OVIDE, FASTES II (2,243-474), BIBLIOTHECA CLASSICA SELECTA (BCS), Faculté de Philosophie et Lettres - Études grecques, latines et orientales, Université Catholique de Louvain (UCL).

- (6) Îles Canaries, Royaume des Canaries (1402-1479), Wikipédia.


Crédits photos:

- (a) Drawing of the three ships of the first voyage of Christopher Columbus to the New World — the Santa María, the Pinta, and the Niña, commons.wikimedia.org, Appletons Cyclopædia of American Biography, 1900, v. 1, p. 697

- (b) Andries van Eertvelt, Lépante et les navires du 16e siècle, blog Trois-Ponts.

- (c) Mediterranean Coast Scene, Gaspar van Eyck, commons.wikimedia.org, © National Maritime Museum, Greenwich, London, Palmer Collection / Mediterranean Coast Scene

- (d) Coast of Garafaria La Palma (Spain), commons.wikimedia.org, © Luc Viatour / www.Lucnix.be

- (e) Carte des Îles Canaries, commons.wikimedia.org, Mysid

- (f) Image of the ocean currents, commons.wikimedia.org, Dr. Michael Pidwirny, www.physicalgeography.net

- (g) Intertropical Convergence Zone, commons.wikimedia.org, Mats Halldin

- (h) Quinam Bay, Columbus Channel, South Coast, Trinidad, commons.wikimedia.org, Kalamazadkhan

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