Riads, Médina ... et développement durable

Depuis une trentaine d'années, l'expression "développement durable" revient régulièrement dès que l'on aborde la question de la place de l'homme dans son environnement.

Vous allez me dire: « Quel est le rapport avec l'artisanat marocain ? »

Si on considère Marrakech comme une cité née de l'artisanat marocain, alors le travail des artisans marocains a produit un bel exemple de développement durable, à l'échelle d'un riad comme à celle d'une Médina.

La médina de Marrakech, Maroc
Un passage ombragé dans la Médina de Marrakech

Ce sont bien des artisans qui ont édifié la cité ocre. Ils n'ont eu besoin que d'eau, de terre, de bois et de pierre. Leur savoir-faire et leur ingéniosité ont fait le reste.

Qu'est-ce que le développement durable ?

Cette notion a été définie dès 1987 par l'ONU. Cela consisterait à répondre aux besoins des populations actuelles tout en pérennisant les ressources afin de pouvoir répondre aussi aux besoins des générations futures.

Cette réflexion engagée à grande échelle aura attendu plusieurs millénaires de développement humain avant d'apparaitre comme étant centrale pour l’avenir de notre espèce. Est-ce à dire que cette idée de préservation des ressources et de l'environnement n'a jamais existé auparavant ?

La médina de Marrakech, Maroc
Un moyen de transport écologique, médina de Marrakech

Pour ma part, je pense au contraire que cette notion a toujours existé intuitivement dans l'esprit humain ...

Les villages ont toujours été bâtis avec les matériaux disponibles à proximité. Ils se sont toujours développés dans des zones rurales, en marge des terrains cultivés.

Le bassin parisien réunissait les terres les plus fertiles en France. Il abrite aujourd'hui la plus grande ville française, et les terres fertiles ont disparu sous le béton et l'asphalte ...

L'exemple de la Médina de Marrakech

En février 2011, le site archimedia.ma a publié un article intitulé La médina, modèle urbain pour le XXIe siècle ? (1). Cette question est posée par l'architecte urbaniste Marc Gossé qui propose de replacer l'urbanisme médinal au cœur du développement durable au Maghreb.

Après 25 années de recherche, Marc Gossé, également professeur à l'Institut d'architecture de la Cambre à Bruxelles, affirme que le concept de médina pourrait représenter un modèle de développement urbain pour le siècle en cours.

Ce modèle serait en mesure de relever les défis imposés par la notion de développement durable en termes d'urbanisme, d'écologie et d'équilibre social.

Marc Gossé caractérise ainsi le modèle de médina comme étant Piéton, dense, bioclimatique, rationnel et relationnel. Il ajoute que ... le modèle médinal est peut-être l’alternative post-pétrole et post-capitaliste la plus appropriée pour le XXIe siècle, ....

La palmeraie de Marrakech, Maroc
La palmeraie de Marrakech

Les médinas sont les cités historiques du Maghreb. La médina de Marrakech, fondée en 1071, a été construite à proximité de la Palmeraie.

Elle tirait ses ressources vivrières de la palmeraie, le médina n'étant qu'une place de marché dans un habitat urbain.

Il était donc vital de préserver ce milieu naturel, à la fois pour maintenir le peu de terres fertiles disponibles à proximité de la Médina, mais aussi et surtout parce que la palmeraie était le moteur de l'activité économique.

Les denrées alimentaires étaient produites dans l'écrin vert de la palmeraie et écoulées sur les nombreux marchés dans la médina. C'est encore le cas aujourd'hui, où de petites places à l'intérieur des remparts accueillent des marchés tout au long de l'année. Vers 7 heures du matin, on peut observer le ballet des petits ânes tirant une remorque chargée d'oranges, de bananes, de figues, de figues de barbarie, de légumes frais, d’œufs, de poulets ou encore des différentes plantes aromatiques et médicinales composant le thé à la menthe.

Ce genre de scène nous montre ce que devait être la vie dans des temps plus anciens. Mais contrairement aux Européens, les Marocains ont naturellement su conserver ce mode de vie traditionnel et équilibré.

L'observateur curieux notera que les murs des maisons comme ceux des remparts sont faits de terre et de paille. Les pavés sont en terre cuite, les portes en bois. Les riads produisent une ventilation naturelle, l'eau était fournie par un ingénieux système de Khettarats (abandonné aujourd'hui) sur le bassin versant du massif du Haut Atlas.

Difficile de mieux tirer profit de son environnement sans l'épuiser. Et cela se perpétue depuis près de mille ans à Marrakech ...

Si les urbanistes rappellent le faible impact d'une médina sur son environnement, au point d'en faire un modèle d'urbanisme et d'équilibre social pour l'avenir, on pourrait aussi étendre cette analyse à l'artisanat marocain des biens d'équipement.

Un artisanat écologique

Si aujourd'hui le plastique a un peu envahi les maisons au Maroc, il subsiste néanmoins un lien fort entre les habitudes des habitants et l'artisanat.

Poteries à Safi, Maroc
Poteries à Safi, Maroc

Dans une maison, l'artisanat marocain fournit les plats et toute la poterie en terre cuite, les kanouns (barbecue en terre cuite), les carreaux de zellige des salles de bains et des hammams, les plats et ustensiles en osier, les tapis et couvertures en laine de mouton, les moucharabiehs en bois, ou encore les meubles en bois décorés d'os ou les appliques murales en terre cuite.

Tous ces objets sont élaborés à partir d'une matière première entièrement naturelle, renouvelable et largement disponible sur place.

Je pourrais rajouter une anecdote. Un jour, en passant un moment en compagnie d'un berger et de ses moutons, au bord de l'oued N'Fis dans les environs de Marrakech, j'ai pu observer ce vieux Berbère assis sur une peau de mouton. Il était occupé à confectionner une ruche pour ses abeilles avec des tiges de palmier doum. Il m'expliquait tenir beaucoup à ses abeilles, en pleine santé soit dit en passant, car il n'utilisait jamais le sucre blanc. Le thé à la menthe que nous avons partagé était succulent, fait à partir de cinq plantes et sucré au miel.

Oued N'Fis, Marrakech
L'oued N'Fis, à proximité de Marrakech

Les artisans marocains sont aussi les rois du recyclage. À Bab Khemis, le haut-lieu du marché de l'occasion à Marrakech, les artisans restaurent les vieux meubles en bois, les lustres en métal ou les sédaris des salons. Rien ne se perd, tout est créé par restauration ou transformation.

Pour se protéger du froid, les maisons, bâties sur le principe des riads, disposent de petites ouvertures.

Les tapis épais servent d'isolant contre le froid. Cette tradition existait déjà chez les Berbères de longue date. Chez quelques tribus du Moyen-Atlas, le tapis Beni Ouarain était conçus pour dormir à l'abri du froid. Sa toison épaisse et dense en laine de mouton était un parfait isolant. Les tapis 100% laine s'inscrivent eux aussi à la perfection dans un schéma global de développement durable.

Que serait le Maroc sans les ânes ni les moutons ?

Un âne marocain adorable

Ne faudrait-il pas dresser une statue à chacune de ces deux espèces pour les nombreux services rendus aux Marocains ?

Un retour aux sources ?

Ce bref exposé suffit à deviner tout l'intérêt qu'il y a à préserver et à restaurer les Médinas. Il ne s'agit pas simplement de critères économiques ou touristiques, mais d'un véritable art de vivre berbère à pérenniser et à transmettre.

Si un retour aux sources serait illusoire, le Médina de Marrakech, comme les autres médinas et comme les villages médiévaux en Europe, sont des exemples réussis d'intégration de l'habitat humain dans son environnement.

Les médinas démontrent que tout le confort est possible, et même plus, la convivialité, dans une architecture et un urbanisme berbère respectueux des hommes et de l'environnement.



Source:

(1) La médina comme modèle, Marc Gossé, 25 fev. 2011, Archimedia.

L'Art des riads de Marrakech

Riad. Ce mot à lui seul fait déjà rêver. Les riads sont une particularité du Maroc. Ils sont entourés de mystères et d'admiration. Chaque visiteur de la Cité ocre qui aura fréquenté la Médina, gardera pour toujours les souvenirs parfumés et envoûtants d'un riad.

Ces maisons traditionnelles étaient, à l'origine, situées au cœur des Médinas. Leur architecture et leur décoration sont spécifiques au Maroc et à l'artisanat marocain. À Marrakech, le corps et l'âme berbère, certains riads semblent être hors du temps. Ils sont les témoins vivants et émouvants d'une vieille tradition architecturale.

Un riad à Marrakech
Cour intérieure d'un riad à Marrakech (1)

Ces constructions sont ingénieuses et avant-gardistes. Elles procurent de la fraîcheur, quand les températures dépassent 45 ou 50°C en journée. Sans climatiseur ni électricité, un riad procure confort et bien-être à ses occupants.

Nous Occidentaux, qui cherchons (toujours), dans les technologies et les réflexions les plus avancées, le moyen de mettre en œuvre la notion de développement durable, nous aurions tout intérêt à nous retourner sur notre histoire.

Car les Berbères, avec le riad, tout comme les Romains avec l'Atrium, avaient déjà trouvé la solution depuis fort longtemps.

Et plus largement, la Médina, dans sa conception, est elle-même exemplaire en terme de développement durable ... Mais cela est une autre histoire qui fera l'objet sans doute d'un prochain article sur ce blog.

Organisation d'un riad

En parcourant la Médina de Marrakech, le visiteur ne voit souvent que des murs assez hauts, anonymes, avec peu d'ouvertures. Il est difficile d'imaginer, parfois, ce qui se trouve de l'autre coté du mur. Cela peut être un terrain vague, une maison modeste, ou un somptueux riad.

Quartier de la Kasbah à Marrakech
Un passage dans le quartier historique de la Kasbah à Marrakech

Des indices extérieurs, provenant de l'artisanat marocain, comme une fenêtre à Moucharabieh, les grilles en fer forgé d'une ouverture discrète, ou la présence d'une magnifique porte sculptée en bois massif, nous révèlent que ces murs abritent probablement un riad.

Cour d'un riad à Marrakech
Patio, Riad Dix-neuf-La-Ksour, Marrakech (2)

Un riad est constitué de murs d'enceinte fermés sur la partie extérieure, mais ouverts sur l'intérieur, entourant une cour centrale ou patio. Les pièces adjacentes sont des salons, chambres ou cuisines.

Si les murs d'un riad n'ont pas toujours un bel aspect extérieur, l'intérieur est en revanche souvent remarquable.

Sur la photo, un canapé en cuir a remplacé les sédaris des salons marocains beldi. Mais on retrouve une fenêtre à Moucharabieh, un tapis Beni Ouarain, une table de salon sculptée en bois ou encore une poterie traditionnelle. L'artisanat marocain est le fournisseur principal des riads.

Des statuettes africaines sur la cheminée accompagnent le style décoratif ethnique du salon.

Dans la blancheur du coin cheminée, un magnifique mobilier sculpté en bois massif trône au milieu de tableaux de peinture orientaliste.

Il se dégage une impression de luxe et de confort de cette décoration marocaine. Qu'ils soient traditionnels ou contemporains, les riads ne laissent pas indifférent. L'artisanat marocain est omniprésent.

Le caractère intime des riads est propice à la détente et au repos, loin de l'agitation qui règne à l'extérieur dans la Médina. Si la culture berbère nous étonne, une fois de plus, c'est pour mieux nous convaincre des qualités artistiques et architecturales de cet ancien peuple nomade. On peut alors raisonnablement considérer les riads comme un art, peut-être majeur.



Crédits Photos:

(1) Riad au Maroc. Arnaud 25

(2) Patio, salon, coin cheminée, Riad Dix-neuf-La-Ksour, Marrakech. Riad Dix-neuf-La-Ksour, Marrakech

Beni Ouarain

Beni Ouarain, un terme devenu célèbre qui résonne un peu partout dans le monde de la décoration intérieure.


Tapis berbère Beni Ouarain

Récemment, un e-mail nous est parvenu d'Angleterre dans lequel un couple nous disait être à la recherche d'un tapis Beni Warren.

Tapis marocain Beni OuarainPeu de temps auparavant, une habitante de Genève nous envoyait une photo d'un tapis Beni Ouaren.

Si le terme est ainsi déformé, on rencontre aussi le terme Beni Ouarin, c'est le symbole d'un nom qui est sur toutes les lèvres et qui tend à devenir une référence.

Cette notoriété n'est pas véhiculée par une grande marque à grands renforts de campagnes de communication, mais bien par le bouche-à-oreille. La presse internationale, les magasines de design et de décoration intérieure, les expositions ou les musées comme les amis se font l'écho de ce tapis qui séduit toujour plus.

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Beni Ouarain, revue de presse

Le 4 janvier 2015, le quotidien danois "Politiken" consacrait un article aux tapis, annonçant que la « Tendance serait au retour des tapis dans la décoration intérieure ». (1)

Pour illustrer ses propos, la journaliste de mode Bente Klarlund évoquait le tapis Beni Ouarain, dont l'engouement est tel au Danemark que des importateurs se sont spécialisés dans les tapis marocains anciens à Copenhague.

Deux jours plus tôt, le 2 janvier, c'était le Wall Street Journal qui mentionnait le tapis Beni Ouarain dans un article traitant des tendances de la décoration intérieure pour 2015. (2)

On pourrait également parler du souk marocain qui s'est installé à Soho fin 2014, en plein cœur de Manhattan à New-York. Cet évènement avait fait l'objet d'un article paru dans le prestigieux magazine Forbes. (3) Il était question de découvrir (pour certains) ou de retrouver (pour d'autres) l'ambiance, les parfums et les objets artisanaux des souks marocains. Les tapis Beni Ouarain étaient bien sûr de la fête.

Tapis Beni Ouarain

La photo ci-dessus montre un tapis Beni Ouarain haut de gamme en 250 x 165 cm réalisé en laine naturelle du Maroc.

Il est amusant de voir que ces tapis étaient présentés "à la mode marocaine", serrés comme des sardines, sans aucun soin apporté à la décoration. Le parallèle avec les tapis du souk de Marrakech est saisissant.

Les Berbères sont naturellement doués pour le commerce, pourtant, peu d'entre-eux ont fréquenté une grande école de commerce ...

Tapis berbère Beni Ouarain

Ces images traduisent à elles seules le charme particulier des souks marocains, comme ici à Marrakech. Au point d'inspirer les organisateurs d’évènements à New-York ...

En regardant de plus près, on constate que, régulièrement, des articles de le presse internationale évoquent les tapis Beni Ouarain. On peut s'interroger et essayer de comprendre ce phénomène.

D'où vient l'omniprésence de ces tapis dans la presse ? Comment peut-un expliquer ce succès planétaire à faire pâlir les plus grandes marques ?








Un simple effet de mode ?

Dans de précédents articles sur ce blog, nous avons eu l'occasion d'évoquer la notoriété des tapis Beni Ouarain chez de grands décorateurs d'intérieur. Il s'agit souvent de Grands tapis Beni Ouarain retenus par ces designers australiens et américains.

Il a également été fait mention sur ce blog du petit coup de pouce donné à l’artisanat marocain par les foires-expositions des années 20 à Paris.

Il en ressort que l’engouement pour ces tapis ivoires ne s'est pas démenti depuis près d'un siècle, mais a suivi une courbe croissante jusqu'à aujourd'hui.

J'ai tendance à penser que le raz-de-marée (le mot n'est peut-être pas trop fort) provoqué par les tapis Beni Ouarain a des origines bien plus profondes qu'un simple effet de mode temporaire.

Un cachet qui interpelle

Vous allez me dire que les autorités marocaines ont lancé en 2009 le Plan Horizon 2015, destiné à promouvoir l'artisanat du Maroc à l'étranger. D'où ces nombreuses foires artisanales qui profitent aussi aux tapis.

Pour ma part, l’attrait que représentent ces tapis blancs & noirs provient de quelque chose de plus intime, presque charnel. Leur caractère animal, avec leur épaisse toison, des brins de laine de longueurs parfois inégales, réveille en soi des instincts de liberté et d’indépendance. Le tapis Beni Ouarain ne suit aucune mode, ne répond à aucune norme ni standard. C'est tout juste si les femmes berbères qui les confectionnent respectent la régularités des motifs ou les dimensions classiques.

Ces tapis se révèlent incroyablement design, avec leurs imperfections que l'on aime tant. Un Beni Ouarain n'est pas un simple produit de grande consommation. Il a une âme. Il porte en lui un esprit d’insoumission primitif, avec son style décoratif qui remonte à la nuit des temps. (Lire cet article où il est question des motifs géométriques de ces tapis dont l'origine connue remonte à la période du néolithique)

Pour celui ou celle qui possède un Beni Ouarain dans son salon, il est évident que le ressenti de sa présence est étranger à un phénomène de mode. C'est quelque chose de plus profond.



Sources et crédits photos:

(1) Boligtendens: Gulvtæpperne er på vej tilbage, Bente Klarlund, 4. jan. 2015, Politiken.

(2) Top 5 Interior Design Trends for 2015, David A. Keeps, Jan. 2, 2015, The Wall Street Journal.

(3) A Secret Moroccan Souk ..., Jenny Nguyen-Barron, 10.1.2014, Forbes Life.

Un prince du design à Marrakech

Le somptueux palais de la Zahia, la villa Oasis, Dar el-Hanch, Dar Es Saada ou Dar Zuylen sont parmi les plus belles résidences de Marrakech. Elles appartiennent (ou ont appartenu) à des célébrités telles que les Rothschild, Pierre Berger, Alain Delon ou Yves Saint Laurent.

Toutes ont en commun d'avoir été restaurées par Bill Willis, le pionnier de la décoration intérieure à Marrakech.

Salle de bain, Dar Es Saada

Ce prince du design fit de Marrakech son terrain de jeu préféré, dès 1963, avec une architecture vernaculaire. Cette salle de bain en est un exemple avec deux fenêtres marocaines cintrées dans un décor de zellige traditionnel.

Les deux appliques murales françaises sont de style Art déco des années 20 (1).

De Memphis à Marrakech

Marrakech somnole sous le soleil écrasant en cet été 1963. Alors que Rabat et Casablanca ont déjà acquis leurs lettres de noblesse, Marrakech et sa palmeraie sont encore méconnues des stars comme du grand public.

La cité de Marrakech avait l'objet, en 1954, d'un reportage diffusé par la R.T.F. sur la Chaîne Parisienne. Michel Droit avait alors encensé Marrakech, le corps et l'âme berbère. Seuls quelques privilégiés, environ 4000 foyers parisiens, étaient équipés d'une télévision à cette époque.

Invité par des amis, Bill Willis découvre Marrakech, son architecture mauresque et son artisanat florissant en 1963. C'est par hasard que cet américain, originaire de Memphis, vient séjourner dans la ville ocre. Happé par le charme et le coté mystérieux de cette cité marocaine, il va y rester 40 ans.

Adepte des antiquités d'art, cet architecte décorateur va se passionner pour l'art islamique et l'architecture hispano-mauresque.

Salle de bain marocaine, Dar Es Saada

Son style décoratif fait largement appel à l'artisanat marocain, comme ici avec cette cheminée en tadelakt (2). Une boite à bijoux en bois typique de la marqueterie de Essaouira repose sur une table de salon en bois peint. On notera la présence de deux poteries de Marrakech sur la cheminée.

Palais et demeures luxueuses

Bill Willis était un esthète. Son style décoratif est original, comme l'étaient ses gouts artistiques dans la boutique d'antiquités qu'il avait tenue à Rome.

À l'image des peintres orientalistes qui trouvaient l'inspiration dans les scènes de la vie quotidienne Berbère, comme le peintre français Charles-Théodore Frère, Bill Willis s'inspirait de l'artisanat berbère déniché dans la Médina de Marrakech.

Les hammams en zellige, les perspectives de la Mosquée de la Koutoubia ou la décoration de style oriental des palais de Marrakech faisaient bouillonner l'esprit créatif de Bill Willis.

Tous ses projet de décoration commençaient par des croquis, des plans et des aquarelles.

Aquarelle Bill Willis

Cette aquarelle témoigne de l'influence de l'art islamique chez Bill Willis (3). Les ouvertures cintrées de cet espace rappellent la cour intérieure de certaines mosquées, le bassin, le zellige et le lustre sont traditionnels de l’artisanat marocain.

Les motifs losangés au sol reprennent étrangement ceux des tapis marocains Beni Ouarain.

Salon de Bill Willis à Marrakech

Le salon de Bill Willis à Marrakech, avec sa cheminée, ses vases et son tapis marocains, fait partie des décors réunis par Marian Mc Evoy’s dans son livre consacré aux 15 plus beaux design d’intérieur de Bill Willis (4).

Salon à Marrakech, Bill Willis

Ci-dessus, le salon principal en forme de dôme que Bill Willis a conçu pour Marie-Hélène et Guy de Rothschild, à Dar Zuylen, leur résidence à Marrakech (5).

Le monde des célébrités était fasciné par le talent de Bill Willis, et chacun souhaitait un salon, une cheminée ou un intérieur dessiné par ce designer si brillant. Au final, et après 40 ans passés à Marrakech où il décède en 2009, Bill Willis aura façonné la décoration des demeures les plus luxueuses et les plus prestigieuses de la cité ocre.

Design de Bill Willis à Marrakech, Marian Mc Evoy’s

Bill Willis, Marian Mc Evoy’s, 2012, Éditions Jardin Majorelle (6).


Crédits Photos:

(1), (2), (3) Un pionnier à Marrakech, Vanity Fair, 16/09/2014

(4), (5), (6) The Aesthete, by Mitchell Owens, May 4, 2012, Architectural Digest


Article connexe:

Ces designers qui ont magnifié le tapis Beni Ouarain


Ces designers qui ont magnifié le tapis Beni Ouarain







Quand le designer d'intérieur australien Jason Mowen réalise un projet à Sydney en 2014, on perçoit comme un clin d’œil au style Art déco des années 20 à Paris et au célèbre tapis marocain Beni Ouarain.

Ce mouvement artistique, né en France en 1910, allait donner ses lettres de noblesse au Style Art déco et révolutionner la décoration de l'habitat.

Tapis Beni Ouarain & Art déco

L'intérieur de la maison comporte de beaux espaces et des volumes généreux de belle échelle avec une façade extérieure du XIXème. La mission du designer Jason Mowen était de donner à la maison une intimité chaleureuse masculine.

Tapis Beni Ouarain

Dans le salon, une table française de style Art Déco des années 1920 côtoie un Boulder sofa, du designer australien contemporain Charles Wilson, disposé sur un tapis marocain Beni Ouarain.

Deux "Hunting Chair" du designer danois Børge Mogensen encadrent une table basse des années 60 en acrylique et laiton de chez Lucite.

Børge Mogensen a créé le modèle "Hunting Chair" en 1950, à l'occasion de l'Exposition des Compagnons Ébénistes de Copenhague au Danemark, ayant pour thème "Le Refuge du Chasseur".

Le cuir fixé par des sangles au bois massif confère à ce modèle un cachet résolument masculin et rustique.

La toison animale du tapis Beni Ouarain rehausse l'intimité chaleureuse masculine recherchée par Jason Mowen. Sa décoration losangée symétrique s'inscrit parfaitement dans cet ensemble décoratif stylisé.

L'ensemble ordonné se démarque par une rigueur géométrique classique et la pureté des couleurs. Les notions d'ordre, de couleur et de géométrie symétrique semblent bien être inspirées de l'Art déco des années 20.

Le résultat est un salon sobre et design aux légers parfums d'antan.

Ce n'est pas un simple hasard si le tapis Beni Ouarain apparait dans une décoration inspirée du début du XXème siècle.

Énergie créatrice et tapis Beni Ouarain

Dans l'après-guerre des années 20, une folie créatrice s'est emparée des décorateurs d'intérieur. Le retour à la vie s'est traduit par un profond besoin de changement. Fini l'art nouveau et ses courbes florales. Place désormais à l'Art déco et sa géométrie épurée (pour l'époque).

Deux évènements vont alors se succéder, qui vont largement influencer la décoration intérieure pour les décennies à venir.

La foire-exposition de 1919 et surtout l'Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925 à Paris. (1)

Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes

Si la foire-exposition de 1919 va révéler aux parisiens l'artisanat marocain et le tapis Beni Ouarain, l'Exposition internationale des Arts décoratifs va consacrer l'Art déco.

Pour aller plus loin, lire l'article Tapis Beni Ouarain, les Géants blancs .

Des architectes et décorateurs de renom vont exprimer leur talents lors de cette Exposition internationale. le décorateur Jacques-Émile Ruhlmann a réalisé la décoration du pavillon du collectionneur lors de cette exposition.

Inspirés par l'air du temps, de célèbres architectes et décorateurs comme Jacques-Émile Ruhlmann, Le Corbusier ou Alvar Aalto vont contribuer à l'essor de ce mouvement décoratif.

Le style Art déco va devenir le premier mouvement décoratif planétaire, emmenant avec lui dans ses valises le tapis Beni Ouarain.

Ce voyage du tapis Beni Ouarain dans le monde du design d'intérieur ne s'est pas interrompu depuis cette époque.

Beni Ouarain

Cette présentation du travail des designers d'intérieur vous a peut-être inspiré. Vous songez vous aussi à entreprendre la décoration de votre salon autour d'un tapis Beni Ouarain. Le catalogue en ligne vous propose quelques exemplaires fabriqués au Maroc.



Crédits Photos:

(1) Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes, Paris, 1925. Ruamps

Catalogue de tapis

Tapis Beni OuarainNous vous proposons en ligne des tapis Beni Ouarain fabriqués main au Maroc. Tous nos tapis Beni Ouarain proviennent du Moyen Atlas marocain et sont expédiés depuis Marrakech.


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Tapis Beni Ouarain du MarocTapis Beni Ouarain

Taille: 320 x 210 cm
Couleurs: Blanc & noir
Fait main - 100% laine naturelle
Épaisseur: 2,5 cm

Prix: 620,00 €


Tapis berbère Beni Ouarain du MarocTapis berbère Beni Ouarain du Maroc

Taille: 280 x 215 cm
Couleurs: Blanc & noir
Fait main - 100% laine naturelle
Épaisseur: 2,5 cm

Prix: 600,00 €


Un tapis Beni Ouarain pour un salon marocain

Au Maroc, le salon est un lieu de vie. Il est particulièrement soigné, il se doit d'être convivial. On privilégie souvent le tapis Beni Ouarain pour réunir les membres de la famille comme les amis. La qualité de la laine naturelle de ce tapis fait main au Maroc est unanimement appréciée.

Tapis Beni Ouarain

Loin du tumulte de la Médina de Marrakech, le salon est un lieu de détente. D'un éclairage discret, c'est aussi l'endroit où les femmes se réunissent, pour des séances de tatouage au henné, ou pour échanger autour d'un thé marocain.

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Un écrin brun-noir & blanc

La composition d'un salon beldi est classique. Des banquettes disposées en U entourent le tapis. Les tons naviguent du brun-noir à la couleur blanche éclatante.

Tapis Beni Ouarain marocain

Le tapis Beni Ouarain à losanges rallonge les perspectives et apporte du mouvement au salon. La décoration du tapis n'a pas de centre, mais se répète, presque envahissante, sauvage, jusqu'aux limites du tapis.

La toison neigeuse, faite de longs brins de laine épais, donne au tapis un coté animal.

Tapis Beni Ouarain

On apprécie un tapis par le regard et le toucher. En passant sa main sur un tapis Beni Ouarain, on en ressent le douceur de la laine. Mais en écartant les doigts, comme on caresserait une chevelure, on découvre le coté soyeux de son duvet.

Il est difficile de concevoir, en voyant ce Beni Ouarain, que ce genre de tapis soit resté si longtemps délaissé par les amateurs de tapis. Si le tapis Beni Ouarain est estimé de nos jours, au point de devenir un symbole de réussite sociale, cela n'a pourtant pas toujours été le cas.

Une reconnaissance tardive ...

Il fut un temps où la confection des tapis relevait d'une organisation quasi industrielle. Tel était le cas en Europe, faisant intervenir un artiste, des liciers, des chimistes ou encore des teinturiers.

Fragment d'un tapisLes tapis étaient considérés comme des œuvres d'art.

Le choix des couleurs, les proportions, la précision du dessin relevaient de maitres tapissiers et faisaient la réputation des plus grandes manufactures.

La Manufacture Royale de la Savonnerie à Paris a réalisé, en 1833, le tapis monumental de la cathédrale Notre-Dame de Paris dont un fragment figure sur la photo ci-contre (1).


Il s'agissait de véritables œuvres d'art, nécessitant parfois plusieurs mois pour la fabrication.

Tapis persanCette tradition de tapis d'art était confrontée à la concurrence des tapis persans, connus en Europe dès le XIIème siècle. Les tapis étaient d'une si grande valeur que les rares acquéreurs renonçaient à les placer sur le sol. (2)


D'abord timide, cette concurrence s'est affirmée suite à une Exposition de tapis d'Orient à Vienne en Autriche en 1873, qui provoqua une forte demande en Europe.

La réputation de ces tapis occultait les tapis marocains, considérés encore, jusqu'aux débuts du XXème siècle, comme de pâles copies des tapis d'Orient.

Tapis Beni OuarainOn leur reprochait leur manque de soin esthétique, avec des dessins au tracé approximatif. Pire, certains tapis comme les Beni M'Guild, les Zaïane ou les tapis Beni Ouarain n'avaient pas de médaillon central.

Ils n'avaient pas non plus ni d'écoinçons ni de bordures. Le champ des tapis n’était pas délimité par un cadre.


Les formes géométriques irrégulières n'étaient pas non plus dans l'air du temps ...

C'était comme ignorer le caractère propre aux tapis marocains. Leur histoire hors des sentiers battus leur interdisait toute reconnaissance.

Il faudra attendre 1917 et la première exposition de tapis marocains à Paris pour voir un changement d'opinion s'amorcer.
(Lire notre article "Tapis Beni Ouarain, les Géants blancs")

Tapis Beni OuarainLes changements de mentalité opérés en France et chez ses voisins dans le courant des années 50, 60 vont apporter une éclaircie dans le ciel du Moyen Atlas.

Éprise de libertés et remettant en cause les schémas établis, la culture de ces années fastes va ouvrir la voie royale aux tapis marocains.

Le style animal et sans complexe des tapis Beni Ouarain va soudain obtenir une reconnaissance hors du Maroc.


Ses défauts d'antan si vertement décriés vont désormais être ses plus sérieux atouts.

Un tapis Beni Ouarain dans un salon au Japon

Le tapis Beni Ouarain est l'un des plus cotés parmi les tapis marocains. Il est devenu emblématique de la tradition du tissage des Berbères marocains.

L’intérêt que les designers portent au tapis Beni Ouarain l'a propulsé au rang d'ambassadeur de l'art du tissage berbère dans le monde entier.

Les magazines de décoration intérieure, les articles de la presse, les commentaires et appréciations des professionnels du design d'intérieur sont unanimes.

Tous reconnaissent le caractère terriblement design et innovant des tapis Beni Ouarain.

Les grands tapis Beni Ouarain

Grand tapis Beni OuarainLes grands tapis Beni Ouarain sont une spécialité des tisseuses berbères du Maroc. Ils ont été fabriqués de tout temps dans le Moyen Atlas.

Plutôt rares et vendus à des prix souvent prohibitifs, les grands Beni Ouarain sont une véritable tradition chez les Berbères.

Notre offre de grands tapis Beni Ouarain est l'occasion de trouver des tapis à des prix accessibles, avec l'assurance d'acquérir un véritable tapis Beni Ouarain. Expédié depuis Marrakech, haut-lieu des grands Beni Ouarain, recevez à votre domicile votre tapis Beni Ouarain authentique.

Cliquer sur l'image pour accéder aux grands tapis Beni Ouarain..

Tapis Beni Ouarain en vidéo


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Tapis Berbères faits main 100% laine naturelle - Tapis Beni Ouarain authentiques du Maroc. Tout l'art des tapis marocains.

Origine des tapis Beni Ouarain


Catalogue de tapis

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Crédits Photos:

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(2) Un tapis persan Un tapis persan.

Artisanat du Sud - Tapis Beni Ouarain

www.artisanat-du-sud.com

www.tapis-beni-ouarain.com

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