16/01/2017

Le lac Triton, la déesse Athéna, entre mythes et réalité

Au cours de l'antiquité, les Berbères occupaient le littoral de la méditerranée, depuis le Nil en Égypte jusqu'à la façade atlantique du Maroc. Cet immense territoire de près de 4000 km d'Est en Ouest couvrirait aujourd'hui la Libye, la Tunisie, l'Algérie et le Maroc. On l'appelait la Libye antique.

La déesse Athéna de la mythologie grecque, par syncrétisme une reine berbère du nom de Athéna la Tritonide, serait née sur les rives du lac Triton. (Lire l'article)

Ce lac ne figure sur aucun carte, mais les textes anciens permettent de le localiser dans le sud de la Tunisie. Pour le chercheur Jean Peyras et l'archéologue Pol Trousset, il aurait occupé l'emplacement actuel du Chott el Jerid, au niveau du golfe de Gabès (Lire l'article).

Pour d'autres, dans des temps plus anciens, comme le Docteur Ferdinand Rouire (1855-1917), il s'agirait de la sebkha Kelbia, plus au nord, en face du golfe d'Hammamet (1).

Afrique du Nord

L'encadré blanc figure la région de l'emplacement de la sebkha Kelbia, supposée être le fameux lac Triton en Tunisie. Si la tendance actuelle semble privilégier la localisation du lac Tritonis dans les grands Chotts, d'autres indices laissent planer le doute.

Cette région de la sebkha Kelbia près de Kairouan, comme celle des grands chotts, a révélé des inscriptions rattachées à la déesse Minerve.

Carte des villes romaines en Afrique du nord

Ci-dessus: Carte des implantations romaines au Maghreb, en pays Berbère, vers le 1er siècle avant J.-C. et localisation en Tunisie de la sebkha Kelbia et des grands Chotts figurés en bleu. Cliquer sur la carte pour l'agrandir.

Rappelons ici une habitude des Romains dans l'antiquité, l'interpretatio romana, qui consistait à emprunter des dieux aux autres religions ou croyances et à leur attribuer un nom latin. Ce syncrétisme religieux ou mélange d'influences étaient une pratique très répandue dans l'antiquité et a concerné toutes les religions et croyances.

Alain Cadotte, professeur d'histoire, mentionne dans son ouvrage de nombreuses inscriptions de divinités relevées dans les anciennes cités romaines du Maghreb (2). Son étude consiste à identifier les divinités qui existaient en Afrique du Nord avant la conquête romaine en 96 av. J.-C. Parmi ces nombreuses inscriptions, 75 sont attribuées à la déesse Minerve / Athéna.

Si un tiers des inscriptions évoquent le déesse romaine, de nombreuses autres inscriptions évoqueraient plutôt une divinité indigène libyco-berbère. C'est le cas de monnaies de la région tripolitaine (ouest de la Libye).

Amphithéâtre d'El Jem, Tunisie

Mais le cas le plus intéressant se trouve à El Jem, au sud-est de Kairouan et de la sebkha Kelbia. Des inscriptions sur une tessere plaident en faveur d'une minerve libyque, à proximité de l'emplacement du lac Tritonis. L'auteur ne manque pas de préciser la justesse des écrits d'Hérodote.

Il note ensuite des similitudes entre la déesse berbère Athéna et une déesse de l'antiquité connue sous le nom de Astartée. Cette dernière serait originaire de Mésopotamie, on la retrouve chez les babyloniens et chez les Sumériens (3).

Aurès, Algérie

Cette somme d'indices semble établir une convergence vers une déesse indigène d'origine berbère. La déesse Athéna la Tritonide semble à son tour émaner d'une déesse mésopotamienne, élargissant le cercle d'influence des Berbères aux autres populations de l'antiquité.

La divinité sumérienne a-t-elle engendré Athéna chez les Berbères ? La réponse se trouve en Mésopotamie, où l'existence d'une divinité indigène pourrait bien valider cette affirmation.



Sources

1 - L'emplacement de la mer intérieure d'Afrique, persee.fr, Ferdinand Rouire, article, 18 janvier 1884

2 - La romanisation des dieux, books.google.com, Alain Cadotte, Brill Leiden Boston, 2007

3 - Astartée, wikipedia.org,

Artisanat du Sud